
Édition originale, illustrée d'un portrait de Magellan en frontispice et de quatre cartes et plans dépliants représentant le détroit de Magellan. Cf. Sabin, 16765 ; Leclerc, 1971 ; Chadenat, 552 ; Palau, 352513 ; Aguilar Piñal, VIII, 2443.
Notre exemplaire ne comprend pas l'appendice publié séparément en 1793, consacré au complément d'exploration réalisé par les paquebots Santa Casilda et Santa Eulalia, rarement réuni à l'ouvrage.
Reliure moderne pastiche à l'imitation du XVIIIᵉ siècle en plein veau brun, dos à cinq nerfs ornés de caissons et de fleurons dorés, roulettes dorées aux coiffes, gardes et contreplats de papier à la cuve, tranches rouges, frises dorées sur les coupes.
Précieux exemplaire de provenance portant, sur la page de titre, la signature de Gaston de Rocquemaurel (1804-1878), officier de marine qui servit comme second de Jules Dumont d'Urville à bord de L'Astrolabe lors de l'expédition scientifique de 1837 à 1840 vers l'Océanie et les mers australes.
Cette relation officielle rend compte de la première grande expédition hydrographique espagnole consacrée au détroit de Magellan, conduite en 1785-1786 sous les ordres du capitaine de vaisseau Antonio de Córdoba y Lasso de la Vega (1740-1811) à bord de la frégate Santa María de la Cabeza. L'objectif était de déterminer, par des observations astronomiques et hydrographiques systématiques, si le détroit pouvait offrir aux navires une voie d'accès au Pacifique plus sûre que le passage du cap Horn, dans le cadre de la politique maritime et impériale menée sous Charles III et son ministre, le comte de Floridablanca.
Si le nom d'Antonio de Córdoba figure en tête de l'ouvrage, Palau et Aguilar Piñal attribuent la mise en forme de la publication à José de Vargas Ponce (1760-1821), auquel reviendraient l'introduction et l'histoire des explorations du détroit, depuis Magellan jusqu'à Bougainville, tandis que le derrotero - le véritable manuel de navigation - serait dû aux lieutenants Dionisio Alcalá Galiano et Alejandro Belmonte, auteurs des observations nautiques recueillies au cours de l'expédition.
L'ouvrage fut imprimé par la Viuda de Ibarra, Hijos y Compañía, héritière du prestigieux atelier de Joaquín Ibarra, considéré comme le plus grand imprimeur espagnol du XVIIIᵉ siècle. Après la mort de ce dernier en 1785, son épouse Manuela Contera poursuivit l'activité de l'imprimerie avec leurs enfants, maintenant le niveau typographique qui avait fait la réputation de la maison.
La provenance confère à cet exemplaire un intérêt tout particulier ; Gaston de Rocquemaurel, ancien élève de l'École polytechnique, accompagna Dumont d'Urville comme second lors du grand voyage de L'Astrolabe. Empruntant à son tour le détroit de Magellan avant de gagner les mers antarctiques, l'expédition découvrit la Terre Adélie en janvier 1840. La présence de sa signature établit ainsi un lien direct entre deux des plus importantes campagnes d'exploration scientifique du détroit, séparées par un demi-siècle.
Bel exemplaire associant le récit fondateur de l'hydrographie espagnole du détroit de Magellan à la provenance d'un acteur majeur des grandes explorations françaises du XIXᵉ siècle.