Volume factice regroupant deux traductions italiennes originales, consacrées chacune à un acteur de la diplomatie secrète française du XVIIIe siècle : le chevalier d'Éon et le prince Charles-Édouard Stuart.
La première traduction est bien complète du portrait en frontispice du chevalier en habit de femme, ayant vécu comme telle dans la seconde partie de sa vie. Il/elle arbore fièrement la croix de l'ordre de Saint-Louis sur la poitrine, qu'il obtint en 1763.
La seconde traduction fut établie à partir d'un texte dont l'histoire éditoriale est aussi rocambolesque que celle de son héros. En écrivant Ascanius, or the Young Adventurer; a true history, dans lequel le nom du prince intriguant n'apparaît jamais, Ralph Griffiths s'appuya non sur son inventivité mais sur un manuscrit préexistant, qui circulait clandestinement à la cour de Versailles.
Cartonnage provisoire en demi parchemin, titre à l'encre brune au dos avec en tête une ancienne étiquette de bibliothèque en partie manquante, tranche de gouttière non rognée.
Titre effacé, discrets trous de vers et petites piqûres au dos.
Rousseurs éparses et mouillure marginale sur le premier ouvrage. Second texte en bel état.
« À vous, moitié la plus chère de l'humanité, j'adresse ce doux travail, afin qu'il vous embellisse et qu'il vous incite à contribuer toujours plus à votre gloire par des actes illustres. La différence qui existe dans la société civile entre les femmes et les hommes, dans le domaine des fonctions de l'esprit et du corps, est généralement excusée, en ce qui concerne les femmes, par la faiblesse naturelle de leur nature trop délicate et douce. Mais est-ce une excuse tout à fait valable ? Si les familles de travailleurs agricoles ont raison, on ne constatera guère, voire aucune, différence dans le labeur quotidien entre les sexes. En effet, des voyageurs venus des régions les plus reculées d'Amérique, et même d'îles encore inconnues, rapportent que les hommes exercent une tyrannie si étrange sur leurs femmes qu'ils les soumettent aux travaux les plus pénibles de la vie rurale, tandis qu'eux-mêmes restent oisifs et n'ont d'autre souci que de se faire craindre. Quant aux femmes intellectuelles, l'histoire compte tant de femmes illustres, dans tous les domaines, qu'un simple inventaire serait trop long. Comment donc excuser, Seigneur, un tel gaspillage de forces et de talents au détriment de la société, gaspillage qui résulte de votre négligence ordinaire ? Je sais bien que l'exemple des Sémiramis et des Thalestres est qualifié de fabuleux ; et que les preuves d'un talent exceptionnel dans les sciences et les arts chez certaines femmes modernes sont discréditées par le soupçon qu'un confident secret leur aurait généreusement offert leur descendance. Mais que dire d'un exemple de notre époque, accompagné de telles circonstances, qui ne saurait être mis en doute, et dont le sujet, la célèbre dame française Signora D'Eon, n'est certainement pas soupçonnée, à juste titre, d'imposture ? Elle a excellé en littérature, en politique et dans les armes ; elle a servi sa patrie en compagnie de Minerve et de Mars ; enfin, elle a dû déployer des efforts constants pour dissimuler son sexe pendant 49 ans, un exploit remarquable. Les siècles futurs en douteront peut-être, et c'est pourquoi les louanges et les témoignages d'un fait aussi singulier ne sauraient être assez nombreux, afin que la postérité soit certaine de ne pas vouer son admiration à une chimère. Vous donc, femmes spirituelles de ce siècle, inspirez-vous de l'exemple d'une héroïne contemporaine et gardez-vous de trahir votre nature profonde en croyant être nées uniquement pour vous adonner aux frivolités de modes étranges ou pour faire du cœur humain l'unique objet de vos désirs. La jeune D'Eon est le modèle que je vous propose d'imiter. et après vous avoir offert au début de ce livre un portrait de son apparence physique, je vous en donnerai un autre, pour ainsi dire, moral ou civil, à travers les titres illustres qu'elle a mérités et qui forment une sorte de compendium de son histoire. »
"Le traducteur aux femmes de ce siècle", pp. 3-6.