
Edition originale pour laquelle il n'a pas été tiré de grands papiers, un des exemplaires du service de presse.
Dos et plats légèrement insolés comme généralement, quelques mouillures claires sur le dos.
Ouvrage illustré de 32 planches photographiques.
Rare envoi autographe signé de Michel Leiris à Gabrielle Gras, discrète mais prolixe critique de la Revue Europe, proche des milieux surréalistes et de nombreux écrivains et artistes.
Fruit du journal que Michel Leiris tint durant près de deux années comme secrétaire-archiviste de la mission ethnographique Dakar-Djibouti dirigée par Marcel Griaule, « L'Afrique fantôme » déborde très vite le cadre du simple carnet de route scientifique pour glisser vers une forme de journal intime, tonalité qui provoqua d'ailleurs, à la parution, une rupture entre l'auteur et Griaule. Devenu un classique de la littérature de terrain du XXe siècle, réédité et traduit à plusieurs reprises jusqu'à son intégration dans la Bibliothèque de la Pléiade,
L’Afrique fantôme peut surtout s’enorgueillir d’une condamnation à la destruction par un décret du régime de Vichy en 1941, fait rare pour un ouvrage de ce type et qui explique la rareté actuelle des exemplaires de l'édition originale.
La dédicataire, Gabrielle Gras demeure un personnage qui a su cultiver une grande discrétion. Bien que très présente dans l’entourage de nombreux artistes, il est rarement fait mention d’elle hors de ses relations. Elsa Triolet souligne, dans ses mémoires, son esprit de résistance intellectuelle durant la seconde guerre : "À Nice même, Pierre Abraham et Gabrielle Gras avaient été amenés à tenir, rue de France, une librairie, vivante comme un journal clandestin, les passants y amenant des nouvelles de Paris et d’ailleurs."
De fait, Gabrielle Gras épousera en 1957 l'écrivain et critique Pierre Abraham (1892-1974), frère de Jean-Richard Bloch et futur directeur de la revue Europe. Si il reste aujourd’hui peu d’informations à son sujet, elle fut pourtant très tôt une figure des milieux éditoriaux proches du Parti communiste français : engagée avant-guerre au Bureau d'éditions du PCF, associée dès 1945 à la fondation de la Bibliothèque française aux côtés d'Aragon et de Picasso, puis chef de fabrication aux Éditeurs français réunis, elle publia également un roman en feuilleton dans les colonnes d'Europe.
Précieuse et rare édition originale sans grand papier d'un texte fondateur croisant littérature et ethnographie, enrichi d'un envoi autographe à une dédicataire aussi fantomatique et passionnante que l’Afrique dont lui fait don Michel Leiris.