
Édition originale de cette traduction française du poème arabe, imprimée à Genève par Jules-Guillaume Fick et diffusée à Paris par la librairie Sandoz et Fischbacher, 1875. Le texte arabe avait été remis, au printemps 1844, au jeune Gustave Revilliod, alors en voyage en Algérie, par des Maures dont il s'était lié d'amitié ; Victor Largeau n'en assura la traduction et la publication, aux frais et sous le patronage de Revilliod, que trente ans plus tard.
Reliure en demi-basane marron à coins, dos muet à cinq nerfs, plats de papier marbré à la cuve, gardes et contreplats de papier marbré, couvertures salies conservées, reliure postérieure. Quelques petites rousseurs.
Gustave-Philippe Revilliod (1817-1890), futur fondateur du musée Ariana, était de ces riches Genevois que le XIXe siècle orientaliste envoya rêver en Algérie : ses voyages de 1844-1845 à Alger, où sa famille maternelle possédait déjà des attaches, lui laissèrent un attachement durable pour la culture arabe, que son intense activité éditoriale avec l'imprimeur genevois Fick lui permit de faire fructifier bien après coup. Victor Largeau (1842-1897), qui prêta sa plume à ce texte la même année où il tentait sa première traversée du Sahara par Ghadamès, illustre à sa manière ce même XIXe siècle des explorateurs lettrés : administrateur colonial au Sénégal puis au Congo après l'échec de ses expéditions sahariennes, il fut le père du général Victor-Emmanuel Largeau (1867-1916), l'un des artisans de la conquête et de l'organisation du Tchad, mort des suites de ses blessures devant Verdun en 1916.
Présenté comme un poème arabe d'origine orale, recueilli directement auprès de « Maures » plutôt que puisé dans un corpus manuscrit classique, ce texte s'inscrit dans le mouvement, alors en plein essor, de collecte de la littérature orale algérienne (dont Hanoteau donnait dès 1867 le grand équivalent kabyle).
Édition originale peu commune d'un texte arabe rare en traduction française, doublement portée par deux figures marquantes de l'orientalisme genevois et de l'aventure saharienne.