Exceptionnelle déclaration autographe de Victor Hugo, rédigée le 8 août 1857. 13 lignes à l'encre noire au dos d'un feuillet d'enveloppe à son adresse de Guernesey, portant deux cachets postaux, l'un de Gramat en date du 23 juin 1857, et l'autre, en anglais, en date du 26 juin. Quelques mots biffés.
Il s'agit d'un brouillon pour un document notarié relatif à la maison de La Fallue, où Hugo avait installé Juliette Drouet dans les premiers temps de son arrivée à Guernesey. Devenu "proscrit français et landlord anglais", Hugo avait pris ses quartiers avec sa famille à Hauteville House l'été précédent, et avait loué pour Juliette cette maison, située à ciquante mètres de la sienne, d'où elle avait une vue imprenable sur son "cher petit homme". Pendant un an, Juliette dut se contenter du rez-de-chaussée de sa nouvelle demeure, en attendant la fin des travaux, effectués selon les instructions d'Hugo. Ces travaux coïncident avec la rédaction de cette déclaration au ton quelque peu froid et détaché :
"En considération des travaux exécutés pour Madame Drouet dans [biffé : les appartements] la maison que je lui ai louée, je déclare que Madame Drouet à l'expiration de son bail, pourra enlever, sans aucune objection de ma part, tout ce qu'elle y aura placé à elle appartenant, à la seule condition de remettre les appartements dans l'état où ils étaient à son arrivée dans la maison.
8 août 1857
Madame Drouet ne sera pas tenue de faire tapisser en papier la chambre du second, entendu qu'il n'y avait pas de papier dans cette chambre quand elle a pris l'appartement".
A l'automne, les rénovations seront achevées : "tu as fait le temple de ta divinité dans lequel mon âme t'adore jour et nuit" lui écrit-elle. La Fallue abritera la réunion des deux amants et servira occasionnellement de lieu de travail pour Hugo, attelé en cette fin d'année 1857 à la composition de la
La Légende de siècles. Malgré la joie que lui procurait sa proximité avec son bien-aimé, le statut de femme célibataire de Juliette ainsi que son entière dépendance à Hugo - mise en évidence par ce manuscrit - lui pesaient : "ce n'est pas de ta générosité dont je me plains mais la tutelle humiliante où tu m'as toujours tenue malgré mes protestations persévérantes et même mes tentatives de révolte" lui écrit-elle l'année suivante.
Document probablement inédit de la main d'Hugo, rare témoin de son ubuesque situation extra-conjugale à Guernesey, et tout spécialement de la première maison occupée par son amante de toujours.