Télégramme adressé par Alexei Sourkov à Jean-Paul Sartre, à son adresse 42 rue Bonaparte à Paris, encollée en partie supérieure ". Message encollé "324 MOSCOW 16 31 1824 NORTHERN = /TOUS MES VOEUX CHALEUREUX ANNEE NOUVELLE = ALEXEI SOURKOV". Tampons au recto et verso, l'un d'entre eux indiquant la date du "31 décembre 1955".
Sartre reçoit les meilleurs voeux de son confrère Alexei Sourkov, membre de l'Union des écrivains soviétiques, et "l'un de ses principaux interlocuteurs en URSS" (Cécile Vaissié, Sartre et l’URSS, Le Joueur et les survivants). Ce télégramme de Sourkov arrive dans la résidence germanopratine de Sartre quelques mois seulement après son très médiatisé premier voyage en URSS, aux côtés de Simone de Beauvoir.
C'est l'époque du "dégel" post-stalinien, Staline étant mort l'année précédente en 1953. Alexeï Sourkov, poète très officiel, double lauréat du prix Staline, et à la tête de l’Union des écrivains depuis octobre 1953, avait accueilli chaleureusement Sartre à Moscou pendant l'été 1954. Sartre, alors "Compagnon de route" du Parti Communiste Français et de l'URSS, publie des articles plutôt élogieux à l'issue de ce voyage minutieusement orchestré par le régime, et minimise la répression et la censure qui vont encore bon train.
Peu avant l'envoi de ce télégramme, Sartre devient, en décembre 1954, vice-président de l’association France-URSS présidée par Ehrenbourg. Comme le remarque Cécile Vaissié, Sartre "est désormais l’un des rouages des relations franco-soviétiques et rejoint d’ailleurs aussi un comité chargé de préparer la célébration du dixième anniversaire de l’alliance franco-soviétique et celle du trentième anniversaire de la reconnaissance de l’URSS par la France". Sourkov n'est pas le seul à rendre hommage au grand écrivain : "le 10 janvier 1955, Sartre répond à Boris Polévoï qui lui a envoyé ses vœux. Il lui souhaite "santé, bonheur et succès", à lui et "à tous [ses] amis en URSS" auxquels il assure penser souvent : "Je veux, comme vous, que 1955 apporte de nouvelles victoires à tous ceux qui luttent pour la paix." (Cécile Vaissié).
Insolite document au point le plus fort de la proximité de Sartre avec l'URSS, attestant de ses liens étroits avec l'intelligentsia soviétique.