
Édition originale et rare réunion des douze premières livraisons de La Revue de Madagascar, du n° 1 de janvier 1933 au n° 12 d’octobre 1935, abondamment illustrées de photographies reproduites.
Les trois volumes ont été reliés dès 1935 en pleine basane acajou incisée et teintée, dans des reliures signées Ramanakanja. Dos à quatre nerfs, légèrement décolorés, ornés de motifs décoratifs incisés, dates et tomaisons estampées à froid, le dernier volume demeurant muet ; larges compositions incisées et teintées sur les plats, différentes pour chacun des trois volumes et inspirées de paysages malgaches, avec titres également incisés. Couvertures conservées. Quelques frottements aux dos ; les motifs décoratifs du troisième volume sont en partie estompés.
Un papillon conservé dans le premier numéro précise : « La Revue de Madagascar remplace le Bulletin économique trimestriel (partie documentation). » Fondée en janvier 1933 et placée sous l’égide du Service général de l’information, la revue prolonge en effet la partie documentaire du Bulletin économique ; elle devient l’un des instruments éditoriaux du Gouvernement général, mêlant aux informations économiques, administratives et ethnographiques une iconographie photographique particulièrement abondante.
Les numéros de janvier donnent une place particulièrement visible à la parole officielle. Le premier reproduit un discours du gouverneur général Léon Cayla ; ceux de 1934 et 1935 s’ouvrent sur ses bilans Madagascar en 1933 et Madagascar en 1934. Pourtant, au sein même de cette publication administrative, la littérature trouve rapidement sa place. Pierre Camo et Robert Boudry apparaissent dès les premiers numéros ; Jean-Joseph Rabearivelo, figure majeure de la littérature malgache moderne, publie un poème dans le n° 5 de janvier 1934, puis revient en 1935 avec Aux arbres et À Pierre Camo. Marius-Ary Leblond contribue également aux numéros 9 et 11.
Cette coexistence n’est pas anodine : sous la couverture d’un organe officiel du Gouvernement général, textes administratifs, photographies, études régionales et littérature se croisent au moment même où s’affirme une vie intellectuelle malgache moderne.
Les reliures donnent à cet ensemble une dimension supplémentaire. Signées Ramanakanja et datées 1935, elles ne se contentent pas de protéger les douze livraisons ; elles leur donnent une forme locale, presque contemporaine de leur parution, en reprenant sur le cuir une iconographie de Madagascar qui répond à celle que la revue diffuse par le texte et la photographie.
Réunis dans ces reliures exécutées à Madagascar en 1935, les douze premiers numéros prennent alors une unité qu’ils n’avaient pas à leur parution ; le cuir de Ramanakanja prolonge naturellement l'histoire d'une revue qui, de numéro en numéro, cherchait elle-même à devenir un souvenir de son île.