
Extrait de l'édition originale du Procès verbal de l'attentat du 6 août 1840.
Demi chagrin bleu nuit, plats de papier marbré brun, armes d'Ernest-Gabriel, marquis des Roys, en pied du premier plat avec la devise "monstrant regibus astra viam", dos lisse, titre doré en long au dos, contreplats de papier peigné. Exemplaire annoté en marges. Quelques frottements et épidermures, légères rousseurs.
Ex-libris du marquis des Roys avec son blason et sa devise. Ex-libris de Libes.
Rare exemplaire de la liste des accusés de l'insurrection de Louis Bonaparte, annoté à l'encre des sentences prononcées, conservé dans la bibliothèque du fils d'un pair de France en fonction en 1840.
Après l'échec de Strasbourg en 1836, Louis-Napoléon Bonaparte tenta à nouveau un coup d'État en 1840. Dans la nuit du 5 au 6 août, il arriva à Boulogne-sur-Mer accompagné d'une cinquantaine d'insurgés. Parmi ceux-ci figurent des bonapartistes de longue date comme Charles-Tristan de Montholon, qui avait suivi Napoléon Ier sur l'île de Sainte-Hélène, ainsi que des partisans de la nouvelle génération tels que Jean Gilbert Victor Fialin de Persigny, secrétaire et confident de Louis-Napoléon à Arenenberg. Cette nouvelle tentative de prise de pouvoir échoua : le 40e régiment d'infanterie refusa de se joindre aux insurgés, et le prince fut blessé et capturé.
Auprès de chaque nom d'accusé, l'ancien propriétaire de l'ouvrage a inscrit, dans une écriture fine et inclinée, les peines prononcées par la Cour des pairs à l'encontre des insurgés. Les seules exceptions touchent Napoléon Ornano et Joseph Orsi, dont les peines n'ont pas été commentées dans ce document, bien que tous deux aient été des proches alliés de Louis-Napoléon et des membres actifs de l'opération, condamnés respectivement à dix et cinq ans de prison. Les noms des accusés qui furent libérés ont bien été annotés. Prosper Alexandre dit Desjardins, capitaine en retraite engagé peu avant l'expédition, Mathieu Galvani, alors âgé d'une cinquantaine d'années et ancien sous-intendant militaire, Alfred D'Almbert, présenté comme secrétaire intime du prince, et Pierre-Jean-François Bure, frère de lait de Louis-Napoléon et qui en deviendra plus tard l'intendant : leurs profils suggèrent des rôles logistiques ou de proximité personnelle plutôt qu'une implication active dans la conception ou le commandement de l'attentat, ce qui pourrait expliquer leur acquittement. En tout état de cause, les insurgés condamnés à des années de prison n'ont pas tous purgé leurs peines. Louis-Napoléon Bonaparte, le seul qui fut condamné à l'emprisonnement à perpétuité dans la forteresse de Ham, s'en évada six ans plus tard, accompagné de Montholon, avec qui il partageait son logement. Une grande partie des insurgés qui furent relâchés à la Révolution de 1848 participèrent à la campagne électorale de Louis-Napoléon, et leur fidélité fut généreusement récompensée sous son gouvernement.
Ernest-Gabriel des Roys, ancien propriétaire de cet ouvrage dont les armes figurent au premier plat, était le petit-fils de Lazare Hoche et le fils d'Étienne-Annet des Roys, pair de France sous la Monarchie de Juillet, en exercice au moment même où se tenait ce procès. Ernest-Gabriel fit lui-même carrière sous le Second Empire puis sous la Troisième République, d'abord comme auditeur au Conseil d'État, puis comme député de la Seine-Inférieure. Cet exemplaire de la liste des accusés, attentivement annoté à la main, fut peut-être un document de travail de la Cour des pairs : il conserve en tout cas la trace des bouleversements politiques qui traversèrent le XIXe siècle, dont Louis-Napoléon Bonaparte fut l'un des acteurs majeurs. Le père, Étienne-Annet des Roys, pair de France sous la Monarchie de Juillet, cessa d'exercer cette fonction en 1848, avec la chute du régime et l'abolition de la Chambre des pairs. Le fils, Ernest-Gabriel, développa quant à lui sa carrière politique sous le Second Empire puis sous la Troisième République, deux régimes directement issus de l'ascension de Louis-Napoléon Bonaparte, devenu Napoléon III.
De la salle d'audience de la Cour des pairs à la bibliothèque des Roys, cet exemplaire annoté conserve la trace intime de ce procès, nouvel obstacle sur le chemin de Louis-Napoléon Bonaparte vers le pouvoir.