29 janvier 2015
Qu'est-ce qu'un envoi autographe ou une dédicace de l’auteur ?
Un envoi autographe est un ajout manuscrit réalisé par un auteur sur un exemplaire de l'un de ses ouvrages. Il peut être adressé nommément à un proche de l'auteur, un confrère, un critique. Il peut être signé ou non.
L'envoi autographe se distingue de :
La dédicace imprimée : originellement, la dédicace est un texte imprimé en tête d'un ouvrage pour rendre hommage à un pair ou un mécène auquel l'auteur reconnaît un ascendant sur l'œuvre qu'il lui dédie.
La dédicace en librairie : les signatures d'écrivains effectuées en librairie lors de tournées promotionnelles sont une invention moderne qui ne peut être considérée au même titre qu'un envoi autographe.
La dédicace est sollicitée par le lecteur, l'envoi est une offrande de l'auteur. Si les deux portent également la griffe de l'écrivain, l'envoi témoigne d'une proximité avec le donataire et, lorsqu'il est réalisé sur un service de presse, d'une préséance accordée à celui-ci avant la sortie en librairie. Même laconique, l'envoi a toujours une signification, car il résulte d'un choix de l'auteur de se soumettre à la critique d'un lecteur particulier (famille, ami, critique, écrivain, artiste…). Explorez la variété des envois d’auteur dans notre article : Hoc Volumine continentur.
L'ex-dono : témoignage de don également manuscrit, l'ex-dono n'est pas nécessairement réalisé par l'auteur et l’expression sera donc généralement utilisée pour décrire une marque d’offrande par un tiers. Parfois importun et altérant la valeur bibliophilique de l'exemplaire, l'ex-dono peut être une précieuse marque historique si le donataire ou le récipiendaire participent de l'histoire du livre, ou l'inverse.
L'ex-libris : marque d'appartenance qui peut être manuscrite ou imprimée sur un timbre personnel. L'ex-libris signifie « ceci est mon livre ». Presque systématique durant des siècles, il est aujourd'hui l'apanage des bibliophiles… et des enfants ! Les premiers commandent à des artistes de beaux timbres illustrés de motifs signifiants et d'une devise personnelle, les seconds se contentent de signer leur nom en page de garde, surmonté, comme les lecteurs du XVIe siècle, d'une simple sentence : « cé mon livre ! »
Le marginalia : ce terme regroupe toutes les interventions manuscrites en marge du texte imprimé, sans distinction de leur origine (correction de l'auteur, exégèse du lecteur, addenda d'artiste ou d'amateur, ajout de libraire, ou simple griffonnage d'un quidam confondant l'œuvre d'une vie avec un carnet de notes). Dégradation ou embellissement de l'exemplaire, le marginalia entretient avec le livre une histoire passionnée et passionnante. Découvrez-la dans notre article Marginalia : « Partout où il n'y aura rien… » : Éloquence de la marge
L'envoi autographe signé de l'auteur, précieux en lui-même, est parfois agrémenté d'un dessin (Desnos), d'un collage (Prévert), d’un poème, d’une citation d’un tiers (Cocteau à sa mère), ou d’une profession de foi maquillée en citation (Proust). Tous ces éléments contribuent à la préciosité et à l'intérêt bibliophilique de l'exemplaire ainsi enrichi. Lorsque le destinataire est prestigieux, lorsque l'envoi s'inscrit dans l'histoire de l'écrivain ou apporte un éclairage nouveau sur l'œuvre, l'autographe d'exception témoigne d'un événement majeur : la rencontre de l'œuvre avec l'Histoire (voir notre sélection : Autographes d’exception). L'envoi autographe présente une valeur intrinsèque. Il sera cependant plus intéressant bibliophiliquement s'il a été réalisé sur un exemplaire de l'édition originale, donc offert par l'auteur au moment (ou juste avant, pour un service de presse) de la première parution de l'ouvrage (voir notre article : Qu'est-ce qu'une édition originale ?).
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