27 janvier 2026
L'incunable c'est le « berceau » du livre imprimé. On désigne par ce terme élégant tous les livres imprimés entre 1452 et 1501.
Ces dates ne sont pas arbitraires. Celle de l’invention de l’imprimerie, bien qu’imprécise (entre 1452, date des tous premières impressions d’ephemera par Gutenberg et 1455, mise en vente de sa célèbre bible dite B42), marque le début de la concurrence entre le livre manuscrit, c’est-à-dire recopié par des clercs, et l’impression mécanique grâce aux caractères mobiles inventés par Gutenberg.
La révolution est spectaculaire : un scribe copiait en moyenne trois exemplaires par an, tandis que l'imprimerie permettait, dès sa naissance, d'atteindre plus de 150 exemplaires (on estime le tirage de la Bible de Gutenberg entre 158 et 180 exemplaires) en quelques semaines seulement (en réalité, il fallut au moins deux ans pour ce premier livre, mais bon, c’était le début…). En 1500, le tirage d’une édition pouvait s’élever à 1000 exemplaires.
Durant ces 50 années de prime jeunesse, l’imprimerie, née d’une association avortée entre Johannes Gutenberg, Pierre Schoeffer et Johann Fust, permettra l’édition de 29000 textes et presque toute l’Europe sera conquise par la fulgurante propagation de cette technologie de pointe qui offre à toutes les bourses - bien remplies - l’accès aux écrits antiques, médiévaux et sacrés mais aussi aux idées modernes et parfois sacrilèges des humanistes, scientifiques, pamphlétaires, et nouvelles orthodoxies religieuses. On appellera les premières impressions de textes circulant auparavant sous forme manuscrite des « éditions princeps ». Les œuvres nouvelles, qui naissent sous la presse, seront désormais nommées « éditions originales ».
POST-INCUNABLES : LA FIN DU DÉBUT
Au début du XVIe siècle, se produit une seconde révolution qui marquera la fin de l’enfance du livre et son émancipation des us et règles édictées par 1400 ans de codex (c’est-à-dire du livre formé de feuilles pliées et assemblées en cahiers, qui remplaça le volumen de parchemin roulé au début de notre ère). A partir de 1501, donc, le livre se transforme rapidement pour acquérir sa composition actuelle :
À partir de 1501 le livre ne se conçoit plus comme une simple transposition mécanique du manuscrit, mais comme un vecteur de la pensée à part entière, qui répond à une logique propre et des impératifs inédits, lectorat nouveau (en 50 ans, plus de 7,2 millions de livres ont été imprimés en Europe, soit autant de nouveaux lecteurs), diffusion inédite des idées nouvelles (humanisme, protestantisme, sciences…), concurrence commerciale, surveillance étatique et surtout inventivité débridée des éditeurs-imprimeurs.
Bien entendu, ces évolutions n’ont pas été simultanées et il fallut bien un demi-siècle supplémentaire pour que le livre achève sa mue adolescente. Aussi accorde-t-on au moins aux exemplaires imprimés durant les premières années du nouveau siècle (1501-1530) l’appellation de : post-incunables.
Voir notre sélection « Incunables et livres rares du XVᵉ et début du XVIᵉ siècle »