Édition originale de cet ouvrage publié par la Société du Bout-du-Banc, le célèbre salon littéraire animé par la comédienne Mademoiselle Jeanne-Françoise Quinault et le comte de Caylus. Ce cercle restreint, formé de huit membres à l'origine, se réunissait les lundis à l'heure du dîner pour échanger mais aussi pour écrire ; en fin de repas, chacun des illustres convives devait coucher quelques lignes, poissardes ou raffinées, sur le papier. C'est dans ce contexte que Les Fêtes roulantes, ou les regrets des petites rues vit le jour, à la suite des célèbrations qui eurent lieu à Paris en l'honneur des secondes noces du Dauphin avec Marie-Josèphe de Saxe.
Reliure pastiche en demi-chagrin prune, dos à cinq nerfs sertis de pointillés dorés et à six caissons ornés de filets et fleurons dorés, plats de papier marbré, tranche de tête dorée, contreplats et gardes de papier marbré à la coquille.
Quelques frottements marginaux au papier du second plat, coins émoussés.
« Le comte de Caylus, jeune homme, avait beaucoup sacrifié à la littérature des contes de fées, que les traductions de l'arabe et du persan, de Galland et de Pétis de la Croix, avaient mis à la mode ; on ne le retrouve pas dans ces créations artificielles, auxquelles il revint étant presque suptuagénaire. Mais dans l'intervalle sa personnalité d'écrivain se déga-gea et se déclara dans le sens de ses mœurs et de ses goûts, et dans un milieu combien propice! La Société du bout du banc, cette académie de gauloiserie que présidait Melle Quinault; ces soupers, dont un encrier faisait le surtout, et que La Chaussée, d'Armenonville, Voisenon, Moncrif, le Grand Prieur de Vendôme, Duclos, Salley, Crébillon le fils enflammaient de leur verve grivoise et goguenarde. Tous gens de lettres peu philosophes, tous laissant aller le monde à sa guise, et le trouvant bien comme il était, tous de ce troupeau sacré d'Épicure, quelque peu métamorphosé par Circé, où chacun se contente, ou à peu près, pour son bonheur, de ce que leur présidente disait qui suffisait à Duclos, le moins délicat d'entre eux. La littérature populaire du XVIIIe siècle, c'est-à-dire qui a pris le peuple pour sujet de ses observations et de ses tableaux, est née dans cette compagnie de gaudriole et de folie, et le comte de Caylus a été son père naturel, et son père nourricier ; elle a pris ses premiers et vifs ébats dans ces Écosseuses (1739), dans ces Étrennes de la Saint-Jean (1742), dans ces Mémoires de l'Académie des colporteurs, dans ces Avantures des bals des Bois, dans ces Fêtes roulantes (1748), véritable lanterne magique de la vie du peuple parisien [...] »
Avertissement, Mémoires et réflexions du comte de Caylus, 1874