Edition originale, aucun exemplaire outre-Atlantique, seulement quatre exemplaires connus en institutions (Mazarine, Méjanes, BnF, Lausanne).
Illustrée de nombreux bandeaux, lettrines et culs de lampe.
Reliure d'époque en plein vélin, dos lisse orné de double filets dorés encadrant des fleurons dorés, pièce de titre en maroquin, plats encadrés d'un filet doré et ornés d'un médaillon central foliacé doré à motif de palmes, figurant en son centre le christogramme de la Compagnie de Jésus "I.H.S." (Jesus Hominum Salvator), superposé sur un ancien chiffre, "H. D. B", et le second plat portant au centre du même médaillon l'inscription "MA" (Mater Amabilis), trous de lacets, trace d'étiquette de bibliothèque en queue du dos, tranches dorées, quelques piqûres et trous marginaux sur les plats, coin supérieur. Galerie de ver des pp. 11 à 156, mouillures en partie supérieure des pp. 319 à 429.
Rarissime ouvrage de la contre-Réforme par Didière Gillet, "une simple femme de village", autrice quasiment inconnue des chercheurs.
Il existe semble-t-il très peu de commentaires sur cette autrice - les rares que nous avons trouvé s'appuient exclusivement sur cet ouvrage, le seul qu'on lui connaît. Il s'ouvre sur des dédicaces à deux célèbres personnalités féminines de la Ligue catholique : une épître à la puissante Catherine de Clèves, suivie d'un poème à Anne d'Este, mère de cette derniere. Les deux ont d'ailleurs publié, des Regrets et Lamentations à la suite de l'assassinat sur l’ordre d’Henri III du "Balafré" Henri de Lorraine, respectivement mari et fils des autrices, ainsi que du cardinal de Guise, autre fils d'Anne d'Este.
Cette virulente diatribe contre le protestantisme s'incrit dans un contexte de lutte religieuse, où la parole féminine devient un outil de persuasion sous couvert d'innocence et d'ignorance : "Ici Ia femme dont on publie les œuvres n'est pas exemple d'une vocation d'écrivain mais exemple d'une mission religieuse pleinement assumée. La "simplicité" même de l'écriture, ostensiblement dépourvue de prétention littéraire, entre au service de l'édification. On le voit bien avec le Discours de Didière Gillet, publie en 1605; la Subtile et naifve recherche de l'heresie doit d'autant mieux confondre les "prédicants et schismatiques" qu'elle est conduite par une "simple femelette" (Evelyne Berriot-Salvadore, "La problématique histoire des textes féminins", Atlantis, VoL 19, No.1). On connaît en effet quelques prises de position féminines dans cette controverse religieuse : l'abbesse de Chambéry Jeanne de Jussie du côté des catholiques, et du côté protestant Catherine de Bourbon ou encore Marie Dentière ou (d'Ennetières) avec son Epistre tresutile faicte et composée par une femme chrestienne deTornay (1539). Une des rares roturières et laïques - Dentière est une nonne défroquée -, Gillet va encore plus loin que la "femme chestienne" et se qualifiera de "simple femme de village" dans le titre, puis de "femme grossière & ignorante" plus loin dans le texte.
Pourrait-il s'agir d'une simple fiction forgée par des hommes ? Stuart Clark, qui mentionne l'ouvrage pour ses multiples comparaisons entre la Réforme et la sorcellerie, pense à une supercherie des Jésuites (Thinking with Demons: The Idea of Witchcraft in Early Modern Europe). Le privilège est pourtant bien accordé à Didière Gillet en nom propre, ce qui la place parmi les quelques autrices auxquelles on a accordé celui-ci en direct et non par l’intermédiaire du libraire ou de l’imprimeur : entre 1505-1604, "il n’y a que cinq autrices privilégiées sur cette période : Marguerite de Navarre en 1547, Louise Labé en 1555, Georgette de Montenay en 1566, Anne de Marquets en 1567, Didière Gillet en 1604" remarquent Michèle Clément et Michel Jourde dans leur étude sur Louise Labé.
"Docteur tu ne trouveras point étrange si moi qui suis une simple femme de village ait mis la main à la plume pour décrire un livre aux simples, afin qu'ils puissent connaître comme moi la niaiserie, superbité & méchanceté de ces ministres qui trompent leurs âmes [...] si Dieu s'est servi de Sybilles & femmes Payennes, pourquoi ne se servira t-il point des femmes Chrétiennes ?"
Superbe exemplaire habillé de vélin doré strictement d'époque, de cet "ouvrage curieux [qui] mériterait une étude plus fouillée" (Eliane Viennot, Femmes et pouvoirs sous l'Ancien Régime).
Provenance : ex-libris gravé sur le premier contreplat de l'avocat Victor Duchâtaux, bibliophile de la seconde moitié du XIXe siècle. En dessous, ex-libris, manuscrit de son gendre, l’ingénieur Georges Henri Renard.
USTC 6025948.