
Seconde édition, et première au format in-8, de la relation officielle du voyage de La Pérouse, publiée à Paris chez Plassan en l’an VI [1798], après l’édition originale in-4 parue l’année précédente à l’Imprimerie de la République. Quatre volumes in-8, sans l’atlas.
Au verso du faux-titre du premier volume figure le décret de la Convention nationale du 19 juillet 1793 contre les contrefacteurs, suivi de l’avis de Plassan précisant que seuls les exemplaires revêtus de sa signature doivent être tenus pour authentiques. Le présent exemplaire porte effectivement sa signature autographe à l’encre, accompagnée d’un grand paraphe. In fine du tome III, 68 feuillets de tables donnent les routes de la Boussole jusqu’à Botany Bay et de l’Astrolabe jusqu’au Kamtchatka.
Reliures en pleine basane racinée de l’époque, dos lisses ornés d’un treillis de losanges dorés, frises en tête et en queue, roulettes encadrant les pièces de titre et de tomaison en cuir de Russie noir, roulette d’encadrement sur les plats, gardes de papier marbré. Un manque en tête du dos des tomes I et IV, étroite fente en tête au mors supérieur du tome IV et au mors inférieur du tome I, mors supérieurs des tomes I et III légèrement en creux et un peu frottés. Rousseurs éparses. Manque de papier au coin inférieur des deux derniers feuillets du tome I, restauration de 2 cm en marge interne du titre du tome II.
Parties de Brest le 1er août 1785 pour prolonger dans le Pacifique l’œuvre de Cook, avec des instructions que Louis XVI avait lui-même annotées, la Boussole et l’Astrolabe parcourent pendant près de trois ans une immense route qui les mène du cap Horn à l’île de Pâques, puis aux îles Sandwich et jusqu’aux côtes de l’Alaska, avant de redescendre vers Monterey, Macao et Manille, de gagner les mers de Corée et du Japon, puis le Kamtchatka et les Samoa. Le voyage est déjà marqué par plusieurs catastrophes - vingt et un hommes disparaissent dans la baie Lituya, Fleuriot de Langle est tué aux Samoa - lorsque les deux frégates atteignent enfin Botany Bay ; en février 1788, La Pérouse y expédie ses dernières nouvelles connues, puis toute trace de l’expédition se perd.
Si le voyage a survécu, c’est parce que ses papiers avaient pris une autre route. À chaque étape, La Pérouse fait parvenir en France journaux, cartes et dépêches ; au Kamtchatka, Barthélemy de Lesseps quitte même l’expédition avec une partie essentielle de ces documents et regagne l’Europe par la Sibérie. Lorsque les deux navires disparaissent, une part décisive de leur voyage est donc déjà parvenue en France.
L’Assemblée nationale en ordonne l’impression par décret du 22 avril 1791. Milet-Mureau rassemble alors ce qui est revenu : journaux de bord, pièces officielles, Mémoire du roi servant d’instruction, états de marchandises embarquées, observations scientifiques. De cet ensemble fragmentaire naît en 1797 la grande édition in-4 ; Plassan la reprend l’année suivante dans un format plus maniable, mais avec une autre préoccupation, très concrète cette fois : protéger son édition contre les contrefaçons. Sa signature autographe devient ainsi, exemplaire par exemplaire, la marque de cette authenticité.
Pendant près de quarante ans, le livre restera le seul véritable retour du voyage. Ce n’est qu’en 1826-1827 que Peter Dillon remonte jusqu’à Vanikoro ; Dumont d’Urville y confirme en 1828 le lieu du naufrage. Entre le silence de Botany Bay et la découverte des épaves, les volumes publiés à Paris auront donc porté seuls la mémoire de l’expédition.
De l’expédition perdue ne subsistaient d’abord que des fragments dispersés - journaux, cartes, dépêches - que l’édition vint rassembler en un récit continu. La signature de Plassan donne à cet exemplaire une dernière cohérence : après avoir sauvé le voyage de l’oubli, le livre porte à son tour la marque de celui qui en garantit l’authenticité.