
Edition originale excessivement rare de cet ouvrage incontournable de la théorie des échecs. Un seul exemplaire aux Etats-Unis (Newberry), sur seulement cinq exemplaires recensés par OCLC avec la pagination propre à cette édition originale (British Library, Bnf, Allard Pierson, Lucerne).
Véritable édition originale du grand traité de Philidor, aux armes de son illustre contemporain et avide joueur d’échecs, le prince-électeur du Palatinat.
Il a ensuite fait partie la bibliothèque du célèbre joueur d'échecs Lothar Schmid, grand maître d’échecs et arbitre du XXe siècle, détenteur de la plus vaste et prestigieuse collection privée de livres sur les échecs au monde (selon Allan Savage, Caissa's Legacy: The Great Chess Libraries).
Illustrée d'une vignette de titre, une vignette dans le texte (après la liste des souscripteurs) et une vignette finale. Van der Linde I, 391.
Reliure en pleine basane brune, plats frappés aux armes d’alliance de Charles Théodore prince-électeur du Palatinat et de son épouse Élisabeth-Auguste de Palatinat-Soulzbach (Guiguard, I, p. 122), dos lisse orné de filets dorés, petits fers et multiples chiffres couronnés de Charles Théodore, gardes et contreplats de papier à la cuve, tranches marbrées, discrètes restaurations aux coins et coupes.
"Philidor n'avait que 23 ans lorsque l'Analyse a été écrite. Il s'agit d'un ouvrage remarquable, qui révèle une maturité de jugement singulière chez quelqu'un d'aussi jeune. Il a connu un succès immédiat, bien plus durable que celui de tout autre livre d'échecs du même genre. Deux rééditions ont été nécessaires l'année de sa publication, et de nombreuses autres réimpressions et éditions ont suivi. [...] Depuis sa mort, l'Analyse a été réimprimée à plusieurs reprises : elle a servi de base au premier ouvrage russe sur les échecs et reste probablement l'ouvrage le plus connu sur le sujet en France, en Espagne et dans les pays hispanophones d'Amérique. Le secret de ce succès remarquable réside dans la lucidité, l'assurance et la concision de l'ouvrage. Aucun auteur avant lui n'avait tenté d'expliquer les raisons de certains coups avec autant de détails et de franchise que Philidor." (H. J. R. Murray, A History of Chess).
Cette mythique édition originale est identifiable à sa vignette de titre avec corbeille de fruits. Malgré leur page de titre affichant la même année de publication, à savoir l'An MDCCXLIX [1749], les vignettes de titre des deux contrefaçons connues représentent deux cornes d'abondance ou un mascaron flanqué par deux oiseaux. Autre signe distinctif de cette véritable édition originale est la majuscule au mot "Tems" du titre, et sa pagination qui totalise 170 pages (contre 162 pour les pirates). Cette édition est d'ailleurs la seule à inclure la liste des 127 souscripteurs. Parmi les illustres noms de cette liste, se trouve le fameux Lord Sandwich, John Montagu, passionné d’échecs et inventeur du fameux fast food du même nom, qui s'était pris d'amitié pour le jeune prodige, et commanda 10 exemplaires de l'ouvrage ; tandis que le duc de Cumberland, le dédicataire, en commanda pas moins de 50. Ce traité connut une popularité et une postérité immense : la bibliothèque de Belfort recense, comme nouvelles éditions en français, les éditions de Paris en 1803, 1810, 1820, de Strasbourg en 1803 et 1812, de Philadelphie de 1821, de Londres en 1752, 1773, 1777 ; en anglais, les éditions de Londres en 1750, 1777, 1790, 1791, 1824, 1830, et de Boston en 1826 ; en allemand, les éditions de Halle en 1840 et de Gotha en 1779 et 1797 ; en néerlandais, l'édition de Gravenhage en 1786.
Les échecs, "jeu des rois", étaient alors considérés comme le plus parfait de tous les jeux et le plus exigeant intellectuellement. L'édition originale de cet ouvrage écrit par "le grand philosophe des échecs" a naturellement trouvé sa place, revêtu des armes et de son chiffre, dans la bibliothèque du prince électeur du Palatinat, sympathique aux idées des Lumières. Le propriétaire s’est même fait représenter avec un échiquier dans un célèbre portrait aujourd’hui au Bayerisches Nationalmuseum, où il désigne du doigt la pièce du fou renversée. Les chemins de Philidor et Charles Théodore se sont sans doute croisés à la cour du prince-électeur à Mannheim – alors que Philidor parcourt l'Europe entière et bat "à l’aveugle" les plus grands joueurs de son temps –, mais aussi probablement dans le cadre de sa brillante carrière de compositeur. Après un apprentissage sous la tutelle de Campra et de précoces compositions de motets aussi bien pour la Chapelle de Versailles que pour le Concert Spirituel, Philidor triompha dans l'opéra-comique. Le prince-électeur était lui-même musicien et fut l’artisan de l’essor de l’école de Mannheim. C’est précisément à l’époque de Charles Théodore que le répertoire occidental germanique intègre des opéra-comiques français et joue d’ailleurs des compositions de Philidor.
Une des gardes finales comporte une intéressante note contemporaine à la plume.
Provenance : ex-libris gravé de Lothar Schmid encollé sur le contreplat supérieur ; tampon de la librairie d'échecs Julien Guisle sur la dernière garde.