
Réunion de trois ouvrages consacrés au conflit commercial provoqué par la Compagnie d’Ostende, reliés ensemble à l’époque en un volume in-4, et provenant de la bibliothèque des princes de Starhemberg au château d’Eferding.
Patrice Mac Neny, Refutation des argumens avancés de la part de M.rs les Directeurs des Compagnies d’Orient, & d’Occident des Provinces-Unies…, Bruxelles, Eugène Henry Fricx, 1723. Édition originale, 1 f. n. ch., 71 pp., publiée par l’imprimeur de Sa Majesté Impériale et Catholique ; pas dans Goldsmiths’ ni Kress. Attribution manuscrite au crayon sur le titre.
Abraham Westerveen, Dissertatio secunda De Jure quod competit Societati Privilegiatæ Fœderati Belgii…, La Haye, Thomas Johnson, 1724. Première édition de cette traduction anglaise, avec le texte latin et sa version anglaise en regard, sous deux pages de titre, latine et anglaise ; 2 ff. n. ch., 63 pp. Goldsmiths’ 6293.
Charles Forman, Lettre de M.r Forman à Monsieur Guillaume Pulteney…, La Haye, Mathieu Roguet, 1725. Première édition de la traduction française par F. M. J., 2 ff. n. ch., 28 pp.
Reliure en pleine basane mouchetée de l’époque, dos lisse richement orné d’un décor doré à la grotesque, pièce de titre de basane beige, gardes et contreplats de papier dominoté, tranches rouges. Frottements sur le dos, coins émoussés. Cachet imprimé de la bibliothèque des princes de Starhemberg au château d’Eferding sur la première garde, avec cote « XI 13 » au crayon bleu.
En décembre 1722, Charles VI accorde son octroi à une compagnie de commerce et de navigation établie dans les Pays-Bas autrichiens. Le port d’Ostende lui donne bientôt son nom, mais c’est surtout sa prétention à commercer directement avec les Indes qui inquiète aussitôt les puissances déjà installées sur ces routes. Les directeurs néerlandais invoquent les articles 5 et 6 du traité de Münster ; en Angleterre, on redoute qu’un nouveau concurrent ne vienne entamer le monopole de l’East India Company.
La première pièce donne la réponse impériale. Patrice Mac Neny, juriste irlandais établi dans les Pays-Bas et alors conseiller fiscal du Conseil des Finances, réfute point par point les arguments avancés par les compagnies néerlandaises et défend le droit des sujets de Charles VI à commercer dans les mers lointaines. La seconde lui répond presque directement : Abraham Westerveen, avocat, conseiller et secrétaire de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, reprend la question au nom de la VOC dans une dissertation publiée sur ordre de ses directeurs, donnée ici en latin et en anglais en regard.
Deux ans plus tard, la querelle a changé d’échelle. Charles Forman s’adresse à William Pulteney et présente la nouvelle compagnie impériale comme une menace non seulement pour les Provinces-Unies, mais aussi pour la Grande-Bretagne. Le débat n’est plus seulement juridique ; il devient ouvertement commercial et politique, et la liberté réclamée par les Pays-Bas autrichiens se heurte désormais aux intérêts conjoints des grandes compagnies maritimes du nord de l’Europe.
La pression finit par l’emporter. L’octroi est suspendu en 1727, puis la Compagnie sacrifiée en 1731 dans le cadre du second traité de Vienne ; en quelques années, la querelle juridique s’était transformée en affrontement diplomatique entre les grandes puissances maritimes.
Réunis sous une même reliure, les trois adversaires finissent ainsi par partager le même destin : après avoir disputé l’avenir du commerce des Indes, ils prennent place ensemble dans la bibliothèque des Starhemberg, en Haute-Autriche.