
Edition originale.
Reliures en pleine basane racinée d'époque, dos à cinq nerfs, caissons et fleurons dorés entre les nerfs, pièces de titre en cuir blond, filet doré sur les coupes, contreplats de papier coquille, tranches rouges. Quelques épidermures et manques, coins légèrement émoussés, le coin supérieur du deuxième plat endommagé, défaut de production aux contreplats, infimes piqûres et salissures.
L'ouvrage fondamental de la philosophie sensualiste, habillé d'une reliure strictement d'époque.
Dans le Traité des sensations, l'abbé de Condillac mène une expérience de pensée : imaginer comment un être privé de toute idée pourrait néanmoins les acquérir grâce à ses sens. Il recourt pour cela à l'image d'une statue à laquelle il n'accorde d'abord que l'odorat, ce sens devenant le premier vecteur par lequel elle accède à la conscience d'elle-même. En sentant l'odeur d'une rose, la statue ignore qu'elle est une statue qui sent une rose : pour elle-même, elle n'est rien d'autre que cette odeur, puisqu'elle ne connaît rien en dehors de cette seule sentation. En lui présentant tour à tour différentes fleurs, on lui fait acquérir de nouvelles sensations : elle devient ainsi, selon l'objet qui agit sur son organe, odeur de rose, d'œillet, de jasmin, de violette, etc. De cette unique modification naissent pourtant déjà l'attention, la mémoire, le jugement par comparaison, et un amour qui n'est encore que l'amour de soi. Toutes les facultés supérieures de l'esprit (jugement, réflexion, désirs, passions) ne sont, selon la formule de Condillac, que « la sensation même qui se transforme différemment », thèse par laquelle il entend se passer de toute faculté innée et fonder l'entendement sur la seule expérience sensible. La réflexion, elle, ne surgit qu'avec le toucher : devenue mobile, la statue découvre par le contact son propre corps puis le monde extérieur, et le toucher instruit alors l'odorat, l'ouïe, la vue et le goût.
En 1768, cet ouvrage important offrit à Etienne Bonnot de Condillac, abbé de Mureaux et précepteur du petit-fils de Louis XV, un fauteuil à l'Académie française. Le terme "sensualisme" quant à lui est postérieur à l'ouvrage : il est généralement attribué à Joseph-Marie de Gérando, linguiste et un des précurseurs de l'anthropologie.
Si le livre est formellement dédié à la comtesse de Vassé, c'est à son amie Elisabeth Ferrand, une autre salonnière et philosophe française, que l'auteur rend longuement hommage dans sa préface - elle serait alors l'auteur véritable de la thèse du sensualisme :
"Mademoiselle Ferrand m'a éclairé sur les principes, sur le plan & sur les moindres détails & j'en dois être d'autant plus reconnoissant, que son projet n'étoit ni de m'instruire, ni de faire un Livre. Elle ne s'appercevoit pas qu'elle devenoit Auteur, & elle n'avoit d'autre dessein que de s'entretenir avec moi des choses auxquelles je prenois quelque intérêt".
Installées toutes les deux dans des appartements dans le faubourg Saint-Germain, Elisabeth Ferrand et la comtesse de Vassé recevèrent une société de savants et de philosophes de premier plan, parmi lesquels Clairaut, Réaumur, Helvétius, Cramer, ainsi que les frères Bonnot de Mably et de Condillac. Ce dernier devena d'ailleurs l'un des principaux bénéficiaires du testament de Mademoiselle Ferrand.
Important traité philosophique du XVIIIe siècle, dont le projet doit son inspiration à Mademoiselle Ferrand, une salonnière érudite du Paris des Lumières.