
Edition originale. Quelques vignettes d'en-tête, bandeaux, lettrines ornées et culs-de-lampe.
Reliure en pleine basane racinée d'époque, dos à cinq nerfs, caissons et fleurons dorés entre les nerfs, pièce de titre en cuir blond, contreplats de papier coquille, tranches rouges. Coins supérieurs émoussés, quelques épidermures et manques, une mouillure sur les premiers feuillets, quelques rares manques de papier sur certains feuillets.
Publié plusieurs décennies avant les résultats des recherches sur la vaccination d'Edward Jenner, ce recueil rassemble les principaux textes sur l'inoculation, procédé qui en constitue l'ancêtre direct.
Au XVIIIe siècle, la variole ravageait l'Europe, causant près de 10 % des décès, pouvant atteindre 30 à 60 % en phase épidémique en France - ce qui explique l'intensification des recherches menées pour en limiter les effets. Les docteurs Emmanuel Timoni et Giacomo Pylarini, tous deux médecins d'origine grecque formés à Padoue, figurent parmi les premiers Européens à avoir exploré le traitement préventif de l'inoculation. Résidant tous deux à Constantinople au début du siècle, ils prirent connaissance de ce procédé, déjà en usage localement, qui consiste à contaminer un sujet sain, de préférence un enfant, par une forme légère de la variole, en lui administrant une petite quantité de pus prélevé sur les pustules d'un malade, provoquant ainsi une accoutumance. Indépendamment l'un de l'autre, ils communiquèrent leurs découvertes en Angleterre, où elles furent publiées par la Royal Society ; leurs lettres, traduites en français, furent intégrées au présent ouvrage.
En France, le premier mémoire sur l'inoculation fut présenté par le scientifique et explorateur Charles de La Condamine à l’Académie royale des sciences le 24 avril 1754, quelques mois seulement avant l'approbation du présent recueil par le censeur royal. Mais le combat pour convaincre l'opinion publique française du bien fondé de l'inoculation venait seulement de commencer. Conçu par un mathématicien, Jean-Étienne Montucla, et un médecin, Pierre-Joseph Morisot-Deslandes, ce recueil avait pour but non seulement de raconter l'histoire de la méthode, mais également d'en évaluer la réelle efficacité. Dangereuse en raison de son résultat souvent imprévisible, l'inoculation était également décriée pour son origine orientale. Cet argument est critiqué dans une lettre du docteur de la Coste de 1723, également retranscrite dans le recueil :
"Nous avons vû, et nous voyons encore aujourd’hui des bigots & de vieilles femmes, qui crient contre cette pratique, parce qu’elle vient du Pays des Infidelles, comme si avec la petite vérole on inoculoit aussi le Mahometisme."
Malgré ces arguments, les Etats soucieux de prévenir les épidémies qui ravageaient alors les populations se sont saisis de la méthode : les bourgeois, les nobles et même les membres des familles royales dont les héritiers du trône de France en 1774, ont fait recours à l'inoculation dans des cliniques spéciales. Même si elle était également pratiquée sur des populations plus démunies et non consentantes comme les orphelins, les pauvres et les soldats, elle n'a jamais pu se généraliser en raison de son coût élevé. Ceci motiva, à partir des années 1770, le développement d'une méthode prophylactique alternative par le médecin anglais Edward Jenner. Selon le même principe que l'inoculation, Jenner contaminait ses patients par la forme de la variole courante chez les bovins, la cow-pox ou variolae vaccinae, qui donna ensuite son nom à la vaccination ; généralement bénigne chez l'homme, cette maladie de la vache le protégeait de la terrible variole humaine.
Publié au début de la lutte pour la reconnaissance de méthodes préventives contre la variole en France, ce recueil témoigne d'une pratique qui allait ouvrir la voie, quelques décennies plus tard, à la vaccination proprement dite.