Six Satires
Petites insolations en tête et en pied du dos, agréable exemplaire à toutes marges.
Ouvrage illustré de bois gravés de René Pottier.
Quelle tristesse après le plaisir, mon amie,
Quand le dernier baiser, plus triste qu'un sanglot,
S'échappe en frémissant de ta bouche blêmie,
Et que, mélancolique et lente, sans un mot,
Tu t'éloignes à pas songeurs, ô mon amie !
Pareille à la douleur des adieux, dans le soir,
L'angoisse qui vient de la volupté lasse !
Pareille au chant brisé qui vient nous décevoir,
Pareille au noir cortège impérial qui passe
Avec les cierges d'or allumés dans le soir...
Et je te sens déçue et je me sens lointaine...
Nous demeurons, avec les yeux de l'exilé,
Suivant, tandis qu'un fil d'or frêle nous enchaîne,
Du même regard las notre rêve envolé...
Autre déjà, tu me souris, déjà lointaine...
Je m'écoute, avec des frissons ardents,
Moi, le petit faune au regard farouche...
L'âme des forêts vit entre mes dents
Et le Dieu du rythme habite ma bouche.
Dans ce bois, loin des aegipans rôdeurs
Mon cœur est plus doux qu'une rose ouverte ;
Les rayons, chargés d'heureuses odeurs,
Dansent au son frais de ma flûte verte.
Mêlez vos cheveux et joignez vos bras
Sur l'herbe humide où le bélier s'ébroue,
Nymphes des halliers ! - ne m'approchez pas,
Allez rire ailleurs pendant que je joue.
Car j'ai la pudeur de mon art sacré,
Et, pour honorer la muse hautaine
Je chercherai l'ombre et je cacherai
Mes pipeaux vibrants dans le creux d'un chêne.
Parmi la tiédeur, parmi les parfums,
Je jouerai le long du jour, jusqu'à l'heure
Des chœurs turbulents et des jeux communs
Et des seins offerts que la brise effleure.
Je tairai mon chant pieux et loyal
Aux amants de vin, aux chercheurs de proie
Seul le vent du soir apprendra mon mal
Et les arbres seuls apprendront ma joie.
Je défends ainsi mes instants meilleurs...
Vous qui m'épiez de vos yeux de chèvres,
Ô mes compagnons ! allez rire ailleurs
Pendant que le chant fleurit sur mes lèvres.
Sinon, — je suis faune après tout, si beau
Que soit mon chant, — et, bouc qui se rebiffe,
Je me vengerai d'un coup de sabot
Et d'un coup de corne et d'un coup de griffe.
Edition postérieure de quelques mois à l'originale parue chez Maeght.
Agréable exemplaire complet de sa jaquette.
Envoi autographe signé d'Yves Bonnefoy à Henri Zerner.
Edition originale, illustrée de dessins de Minartz gravés sur bois par Paillard. Tirage unique limité à 138 exemplaires numérotés sur vélin du Marais. 3 hors-texte dont un frontispice, 56 en-têtes illustrant la vie parisienne nocturne, les spectacles... L'illustration réalisant une étroite correspondance avec les poèmes (l'opéra, les manèges, les cabarets...).
Reliure en demi maroquin à coins vieux rose légèrement postérieure à la Bradel. Dos lisse janséniste. Auteur et titre dorés. Couvertures et dos conservés. Belle fraîcheur du papier, avec des rousseurs sur la tranche et de très rares et pâles rousseurs internes. Dos un peu éclairci, ou ayant viré uniformément.
Ex-libris gravé Jacques Crépineau, directeur du théâtre la Michodière et historien du spectacle, bibliophile réputé par sa collection de romantiques.
Très bel exemplaire.
Carte autographe signée de Stéphane Mallarmé adressée à Alidor Delzant, rédigée des deux côtés à l'encre noire. Enveloppe jointe.
Alidor Delzant fut avocat, collectionneur et bibliophile. Ami des Goncourt, il leur consacra un ouvrage et fut le secrétaire et légataire testamentaire d'Edmond.
"Tout ce qui vécut autour de Verlaine s'efface donc, aidé, tant mieux ! de la piété charmante et tendre de Madame Delzant. La gloire du Poëte se fait toujours solitaire." Delzant avait annoncé à Mallarmé le décès d'Eugénie Krantz, dernière maîtresse de Verlaine. La femme de Delzant l'avait fréquentée dans ses visites aux malades de l'hôpital Bonsecours de Montrouge.
Edition originale, un des 470 exemplaires numérotés sur Hollande, seuls grands papiers avec 59 Chine.
Reliure en plein maroquin violet, dos à cinq nerfs uniformément insolé, date et lieu dorés en pied, double filet doré sur les coupes et les coiffes, gardes et contreplats - encadrés d'une large dentelle dorée - de papier à la colle, toutes tranches dorées sur témoins, couvertures et dos conservés, reliure signée David. Coins supérieur du premier plat légèrement frotté.
Ex-libris encollé sur le premier contreplat.
Agréable exemplaire de ce recueil contenant trois nouvelles fantastiques : "L'entrevue", "Le Pavillon fermé" et "Marceline ou la punition fantastique".
Edition originale bien complète de ses 72 pages de textes japonais en couleurs reliées en fin de volume.
Reliure de l'époque en demi chagrin bleu, dos à cinq nerfs richement orné de caissons à la grotesque, double filet doré sur les plats de papier à la cuve, tête dorée sur témoins. Coins émoussés (l'un un peu cassé) et épidermures.
Rare.
Edition originale de ce choix de poèmes sur la Résistance.
Reliure de l'éditeur en pleine toile jaune, exemplaire complet de sa jaquette illustrée et de son rhodoïd qui comporte un manque en tête du second plat.
Bel envoi autographe signé de Lucien Scheler, alias Jean Silence, à Robert Gallimard : "... cette lampe-tempête souvenir du temps mort, avec l'amitié de Jean Silence."