
Edition originale, RBH ne recense aucun exemplaire passé en vente depuis 1980, bien complet de ses annexes en fin de volume.
Reliures en demi veau anthracite à coins encadrées de roulettes à froid, dos à cinq faux nerfs, nombreux filets et roulettes dorées en encadrement, fer à froid dans les caissons, pièces de titres de veau bordeaux, plats de papier marbré, gardes et contreplats de papier marbré, toutes tranches marbrées, discrètes restaurations aux mors.
Illustrée d'une carte dépliante d'Haïti en couleur.
Rare exemplaire de cette biographie fictionnalisée de Toussaint L'Ouverture, qui devient sous la plume de l'abolitionniste Harriet Martineau "un héro shakespearien, à mi-chemin entre Washington et le comte de Monte Cristo" destiné à attiser la ferveur populaire et mettre fin à l’esclavage aux Etats-Unis.
"Les images et les thèmes de Martineau allaient figurer dans la rhétorique des écrivains antiesclavagistes noirs comme blancs, notamment Frederick Douglass, Harriet Beecher Stowe, Ralph Waldo Emerson, Lydia Maria Child, Wendell Phillips et William Lloyd Garrison. La manière dont Martineau présente Toussaint fit d’un homme noir une figure centrale dans la conception de ce que les esclaves affranchis pouvaient être capables d’accomplir, et fournit aux écrivains américains un modèle essentiel, quoique complexe." (Susan Belasco)
"Je considère "The Hour and the Man" comme le meilleur roman historique, toutes langues confondues. Vous n'imaginez pas combien de fois que l'ai lu, encore et encore, rien que dans les deux dernières années (Florence Nightingale à Jane Martineau, citée dans Harriet Martineau, Harriet Martineau's Autobiography with Memorials by Maria Weston Chapman, (London, 1877), 3, p. 476,).
Lors des siècles passés, le héros noir s’était seulement incarné dans des portraits totalement fictionnels et teintés d'une bonne donne exotisme, et majoritairement comme personnages secondaires : le Nègre de Surinam dans le Candide de Voltaire, ou Juba dans Belinda de Maria Edgeworth, sans compter l'inclassable Oronooko d'Aphra Behn. Parmi les textes abolitionnistes, les témoignages de première main comme ceux d'Ukawsaw Gronniosaw, d'Olaudah Equiano ou encore Ottobah Cugoano avaient même largement précédé de plusieurs décennies l'intérêt des plumes occidentales à narrer des destins noirs. La biographie au sens strict d'un auteur tiers consacrant un ouvrage à la vie d'un héros historique noir sera finalement le genre le plus tardif à apparaître : celle de Sancho par Jekyll (1782) est l'exemple le plus précoce, mais elle constitue la préface d'un volume de lettres, non un ouvrage autonome. Les commentateurs ont remarqué la nouveauté de ce choix porté sur Toussaint L'Ouverture et sa déviation claire du format du slave narrative. Martineau ne se concentre pas seulement sur l’oppression mais prolonge au contraire son récit en un hommage à son combat pour la liberté qui a influencé – et influencera – l'avenir de la cause abolitionniste :
Le récit que fait Martineau de la manière dont cet ancien esclave chassa les Français, puis les Espagnols, du territoire qui allait devenir Haïti, mêlait à la fois une haine passionnée de l'esclavage et les idées éducatives environnementalistes qu'elle avait puisées dans son éducation. Pour elle, L'Ouverture avait su gouverner avec intelligence et dans un esprit éclairé, en partie grâce à la chance qu'il avait eue de pouvoir lire et accéder à des œuvres classiques, notamment celles d'Épictète et de Fénelon, qui lui avaient appris la maîtrise stoïcienne de soi. Il avait également appris à conduire des troupes et à mener des batailles grâce aux Rêveries militaires du maréchal de Saxe. L'Ouverture est dépeint comme inspiré par les luttes des Grecs anciens pour la liberté, bien qu'il n'eût jamais vu la liberté à l'œuvre ni n'eût eu le pouvoir d'exercer comme il convenait la vertu dont il se glorifiait.
Le récit de Martineau, quelque peu emphatique et didactique, s'accompagnait à la fin d'un appendice de près de soixante pages destiné à exposer ses sources et à montrer la noblesse de son propos. Martineau cherchait à prouver que les Noirs, même réduits en esclavage et brutalisés, pouvaient surmonter leur condition dès lors qu'ils bénéficiaient d'une éducation et de possibilités adéquates ; car ils avaient, selon elle, autant de potentiel que les Européens pour faire preuve d'intelligence, d'humanité, d'amour et de vertu. De la même manière, les Européens pouvaient être corrompus par la vie au sein de la brutalité injuste d'un État esclavagiste. Elle s'efforçait ainsi de dépeindre les distinctions de classe et les inimitiés existant tant dans la communauté blanche que dans la communauté noire, une fois que L'Ouverture fut parvenu à établir un pouvoir noir. L'Ouverture, et plus particulièrement son épouse et ses filles, incarnaient la dignité, l'intelligence et la beauté des Noirs" (Ruth Watts, "Martineau and popular education", in Harriet Martineau and the Birth of Disciplines Nineteenth-century Intellectual Powerhouse, 2016)
Précieux exemplaire de ce roman engagé, publié dix ans avant la La Case de l'oncle Tom, écrit par une femme déterminée à changer le regard de l'Occident sur la révolution haïtienne tout en donnant à l'abolitionnisme un héros fédérateur.