
Edition originale du second livre de T.N. Page, imprimé à 1500 exemplaires (selon la Bibliography of American Literature)
Reliure de l'éditeur, dos lisse de toile vert olive partiellement décoloré, coiffe supérieure arasée, plats de cartonnage crème mouchetés de rose, coins émoussés, gardes ombrées.
Rare envoi autographe signé de Thomas Nelson Page en tête de la page de titre.
Il s'agit d'une œuvre ouvertement raciste, et c’est à ce titre qu’elle fait aujourd’hui document. Les poèmes prêtent la parole à d’anciens esclaves, dans un dialecte transcrit par des auteurs blancs, pour leur faire regretter la plantation et célébrer la grandeur de leurs maîtres. Le texte emploie l’insulte raciale jusque dans ses titres. Le livre illustre exemplairement la « plantation tradition » dont Page fut le principal artisan : une Virginie d’avant-guerre idéalisée, peuplée d’esclaves heureux et dévoués et de maîtres bienveillants. Cette fiction servit le mythe de la Cause perdue et la réhabilitation de l’ordre racial sudiste après la Reconstruction. Page prolongea ce discours dans Red Rock (1898). Il le reprit aussi dans The Negro: The Southerner’s Problem (1904), où il attribuait la vague de lynchages à de prétendus crimes des Noirs contre les femmes blanches. Très prisé des magazines du Nord, ce courant façonna durablement l’image du Sud dans l’imaginaire américain. Page acheva sa carrière comme ambassadeur des États-Unis en Italie de 1913 à 1919.
Le « dialecte nègre » de ces poèmes relève d’une convention littéraire largement fixée par des auteurs blancs, des chansons de minstrel shows aux écrivains régionalistes du Sud. Ce n’est pas un jargon codifié par une institution, comme le « petit nègre » que l’armée française prescrivit en 1916 à ses gradés dans Le français tel que le parlent nos tirailleurs sénégalais. C’est la transcription stylisée d’un parler réel, un instrument qui n’avait, selon le mot de James Weldon Johnson, que deux registres, l’humour et le pathétique. Cette convention, pourtant fondée sur le mépris du locuteur s’imposa ensuite aux poètes noirs eux-mêmes, Paul Laurence Dunbar en tête.
Édition originale rare avec un envoi autographe de Thomas Nelson Page : un document de premier ordre sur la fabrication littéraire du mythe sudiste et de ses stéréotypes raciaux.