
Edition postérieure pour laquelle il n'a pas été tiré de grands papiers.
Rare envoi autographe daté de 1953 et signé d'Ernest Hemingway à madame Robert Faroux : "For madame Robert Faroux with sincere good wishes. Ernest Hemingway. Ritz 1953."
Hemingway, est alors au faîte de sa gloire lorsqu’il inscrit, probablement accoudé au bar du Ritz cette dédicace en 1953 : Le Vieil Homme et la mer vient de paraître (1952), le prix Nobel suivra l’année suivante. La dédicace date sans doute de son séjour au Ritz avec sa femme Mary Welsh, avant son dernier safari en Afrique. Ce palace n'est pas, pour l'auteur de Pour qui sonne le glas, un simple lieu de passage ou un décor de luxe : depuis les années 1920, l'hôtel est le milieu naturel, le creuset dans lequel le mythe Hemingway se forme et s'observe lui-même.
Le Ritz est bien sûr le lieu de l’un des épisodes les plus mythiques de ses aventures : l'histoire – vraie ou enjolivée, peu importe, tant elle est hémingwayienne – veut qu'il se soit présenté à la réception à la tête d'un petit détachement armé pour « libérer » l'hôtel de l’occupant nazi en 1944, commandant aussitôt une tournée de Martinis secs.
Après avoir forgé entre ces murs sa propre légende de guerrier, c'est dans ce même bar, après la Libération qu'Hemingway s'entretiendra de Pour qui sonne le glas avec Mike Burke, espion américain et futur directeur des Yankees. Ce dernier avait relu le roman avant d'être parachuté en France aux côtés des FFI – faisant du livre, en quelque sorte, un manuel de résistance autant qu'un roman de guerre.
Ses idylliques journées à l’hôtel inspireront à Hemingway la nouvelle posthume A Room on the Garden Side, relatant les jours suivant la Libération, où le protagoniste Robert [même prénom que le héros du présent roman !] sirote du champagne dans une chambre du Ritz, devise de la guerre, des écrivains français et de la littérature avec le directeur de l’hôtel et André Malraux : « Quelle différence, quand on y était », écrira Hemingway.
L’écrivain y aura même laissé un bout de lui-même : l'ouverture en 1956 de sa malle abandonnée depuis près de trente ans dans les caves du Ritz tiendra de la fouille archéologique. Parmi les vêtements, menus, reçus, matériel de pêche, fiches de courses hippiques, et la correspondance, se trouvaient de fameux carnets où avait consigné sa vie de jeune écrivain bohème dans le Paris des années vingt. C'est précisément cette rencontre fortuite avec les matériaux de sa propre jeunesse, conservés dans le mythique palace de la place Vendôme, qui l’incita à mettre en forme Paris est une fête, achevé juste avant sa mort.
Une trace de ses nombreux séjours persiste ici à travers cet exceptionnel exemplaire du chef d’œuvre d’Hemingway, comme un témoin de ce monde à part : « J'aime me souvenir de nous dans la salle à manger du Ritz, avec notre monde à nous, et les autres pouvaient garder le leur. » (lettre à Mary Welsh, 11 septembre 1944).