
Réunion de trois ouvrages, dont une première traduction française et deux éditions originales.
Reliure en demi-veau fauve, plats de papier à la colle, coins verts, dos lisse orné de six bandeaux dorés et de trois fers estampés à froid, deux titres estampés au dos (celui du Mémoire sur l'université n'y figure pas), tranches cailloutées. Quelques frottements et salissures à la reliure, légères rousseurs.
Curieuse réunion de deux textes de thématique scientifique, l'un consacré au télégraphe et l'autre aux instruments d'optique, et d'un écrit pamphlétaire du fondateur du collège Stanislas.
Dans son Traité des télégraphes, publié originellement en suédois en 1796, le poète et académicien Abraham Niclas Edelcrantz exposa ses recherches sur le télégraphe optique. Mis au point par le Français Claude Chappe à partir de 1791, le télégraphe optique est l'ancêtre du télégraphe électrique qui sera inventé plus de trente ans plus tard. Comme son nom l'indique, il reposait entièrement sur l'observation visuelle de signaux. Ceux-ci étaient formés par des opérateurs au moyen de bras articulés placés au sommet de tours distantes d'une dizaine de kilomètres ; observés à la longue-vue, les signaux codés étaient reproduits pour être transmis au poste suivant. Informé des travaux de Chappe, Edelcrantz conçut dès 1794 un télégraphe optique d'un autre type : il remplaça les bras articulés par dix volets de fer, ouverts ou fermés, dont les combinaisons donnaient 1 024 signaux renvoyant à un code de lettres, de mots et de phrases. Il proposa également une solution pour utiliser le télégraphe de nuit en l'éclairant au moyen de lampes, possibilité dont le système de Chappe ne fit pas un usage courant. Grâce à Edelcrantz, la Suède devint l'un des premiers pays, après la France, à se doter d'un réseau télégraphique. Cette édition de 1801, accompagnée d'un tableau et de quatre schémas dépliants, donne la traduction française du traité - sa première traduction en langue étrangère, précédant l'allemande de 1802.
Le fonctionnement du télégraphe d'Edelcrantz reposait en grande partie sur les instruments d'optique, qui permettaient d'observer les signaux à plusieurs kilomètres de distance. Relié dans le même volume, le Catalogue général des objets de sciences et arts de 1821 de Jean Gabriel Augustin Chevallier est précisément consacré à ces instruments. Cet opticien, dont le nom subsiste aujourd'hui à travers la maison "L'Ingénieur Chevallier", jouissait en son temps d'une notoriété d'opticien du roi et de la famille royale. Il commercialisait au 1, quai de l'Horloge toutes sortes d'appareils d'optique de sa fabrication : microscopes, télescopes, loupes, lunettes, monocles, binocles, chambres obscures destinées à "dessiner et peindre la miniature", ainsi que les lunettes achromatiques, c'est-à-dire les longues-vues.
Curieusement, un ouvrage d'une tout autre portée est relié entre les deux textes consacrés aux instruments. Paru de façon anonyme en 1814, le Mémoire sur l'université est un écrit pamphlétaire dirigé contre l'Université impériale dû à l'abbé Liautard, qui fonda en 1804 l'Institution Notre-Dame-des-Champs, devenue en 1822 le collège Stanislas. En 1808, l'Université impériale s'assura le monopole de l'enseignement, imposa aux maisons privées d'envoyer leurs élèves suivre les cours des lycées et les soumit à une double charge fiscale. Liautard, prêtre qui avait lui-même bénéficié d'une brillante éducation, notamment au collège Sainte-Barbe, s'était longtemps soustrait à l'obligation d'envoyer ses élèves au lycée Napoléon. Dans ce mémoire dont la parution coïncida avec la chute du Premier Empire, Liautard fustigea "cette colossale Université, fille dévergondée de l'irréligion, du despotisme et de la fiscalité" et ne modéra pas sa véhémence lorsqu'il était question de l'ancien empereur :
"De toutes les conceptions de Buonaparte, la plus effrayante pour l'homme qui réfléchit, la plus profondément anti-sociale, en un mot la plus digne de lui, je n'hésite point à la dire, c'est l'Université. Lorsque le tyran crut avoir assuré par tant d'horribles lois de malheur de la génération présente, il éleva ce monstrueux édifice comme un monument de sa haine pour les générations futures, et sembla vouloir ravir au genre humain l'espérence même."
Singulier recueil de trois ouvrages du premier quart du XIXe siècle, dus à l'inventeur suédois d'un télégraphe optique à volets, à l'abbé polémiste qui fonda le collège Stanislas et à l'opticien du roi dont l'entreprise existe toujours à Paris.