
Edition originale pour chacun des 9 numéros composant la collection complète de cette importante revue littéraire animée à Carcassonne par Joë Bousquet et René Nelli.
Contributions de Joë Bousquet, André Cayatte, Paul Éluard, Max Ernst, Henri Féraud, Benjamin Fondane, Ferdinand Alquié, Pierre et Jean Audard, André Gaillard, Abel Gance, Marcel Jouhandeau, Michel Leiris, Georges Malkine, René Nelli, Claude-André Puget, Zdenko Reich, André de Richaud, Carlo Suarès, Gilbert Trolliet, André Gaillard entre autres...
Quelques petites déchirures sans gravité en pieds des dos de certains numéros, certains dos légèrement insolés, agréable ensemble.
Rare ensemble complet de la revue littéraire et poétique Chantiers, qui contribue autour de Joë Bousquet à l'émergence d'un surréalisme méditerranéen.
Le cinquième numéro de la revue contient l'édition originale de La Fiancée du vent de Bousquet, signée Jean-Flour Montestruc, qui se rencontre sous deux couvertures, l'une portant le titre de la revue et le numéro de la livraison, l'autre titrée simplement « La Fiancée du vent » comme notre exemplaire.
René Nelli, son directeur, fut le témoin privilégié de cette éphémère publication :
"Les idées de Bousquet sur l’amour et sur la poésie sont fidèlement reflétées, à cette époque-là, par la revue Chantiers qui en marque l’évolution. Le premier numéro (janvier 1928) s'ouvre sur un poème de François-Paul Alibert qu’accompagne la photographie. d'une idole de Polynésie. Il contient un article sur Aux fontaines du désir de Montherlant, mais aussi un autre, plus significatif, sur Nadja, d'André Breton. Au fur et à mesure que la publication de la revue se poursuit, on voit le surréalisme y prendre une place de plus en plus importante. En 1928, on y trouve « Clé des champs », d'André Gaillard, et la même année (n° 4) de magnifiques poèmes de Paul Eluard. La diversité des tendances représentées : le néo-classicisme de François-Paul Alibert, Paul Valéry, encore très insistant, l’idéalisme magique de Novalis, toujours présent (« Novalis », par Claude Estève, 1929, n° 7), l’humanisme philosophique de Ferdinand Alquié (si angoissé, mais déjà si lucide dans « Notes sur le désir »), correspond aux tentations opposées que subit alors Bousquet, de plus en plus attiré, cependant, par André Breton, Paul Eluard, et par les peintres surréalistes. Mais déjà, l'influence de Carlo Suarès (« Des traîtres et des jeunes filles devenues très vieilles », 1929, n° 7) contrebalance un peu celle du surréalisme, ranimant chez Bousquet une gnose idéaliste, négatrice du moi... "(René Nelli, Joë Bousquet, sa vie et son oeuvre).
On retrouve au fil de la revue des textes importants de Bousquet : «"Retour" (n°° 1, 2, 3 de Chantiers) reprend, en les orientant davantage vers le fatidique, les Paroles du lépreux sans nom. Il s’agit essentiellement pour lui de redécouvrir un passé qui reste à vivre et de rebâtir son existence, hors du temps, sur l'espoir qui est dans l’amour, et sur la réalité qui est dans la femme. Ce sera la matière de Il ne fait pasassez noir." (René Nelli, ibid.) La revue compte également de beaux poèmes d'Eluard : : « Je te l’ai dit pour l'arbre de la mer », « Ses yeux sont des tours de lumière », « Porte comprise » (1928, n° 4 et 6).
Précieuse revue, fruit de l'ivresse intellectuelle et poétique de Bousquet entouré de nombreux contributeurs dont d'importantes personnalités des lettres carcassonaises : Claude Estève, le "Socate languedocien" qui donna son nom à la revue, et le philosophe Ferdinand Alquié.