
Paris, Ernest Flammarion, 1932-1946. Vingt-sept volumes in-8.
Édition originale, l’un des 100 exemplaires numérotés sur pur fil Outhenin-Chalandre, troisième grand papier après 10 exemplaires sur japon et 30 sur hollande, avant les 1000 exemplaires sur alfa.
Les tomes I à XVIII et XXV à XXVII sont en édition originale. Les tomes XIX à XXIV, publiés pour la première fois à New York entre 1941 et 1944 aux Éditions de la Maison française pendant l’exil de Jules Romains, sont ici dans leurs réimpressions parisiennes de 1945 et 1946, uniformément tirées sur pur fil et intégrées à la même suite numérotée.
Volumes brochés sous couvertures imprimées rempliées, entièrement non rognés et à toutes marges. Excellent état d’ensemble, deux couvertures présentant quelques salissures.
Bel et rare ensemble complet en vingt-sept volumes, conservé tel que paru dans l’un des principaux tirages de tête.
Jules Romains consacra près de quinze années aux Hommes de bonne volonté. Commencée en 1932, la publication s’acheva en 1946, année de son entrée à l’Académie française. À travers une multitude de destins croisés, la fresque embrasse vingt-cinq années de vie française, du 6 octobre 1908 au 7 octobre 1933, depuis les derniers temps de la Belle Époque jusqu’aux premières menaces qui annoncent un nouvel effondrement européen.
Cette architecture romanesque donne son accomplissement à l’unanimisme, doctrine conçue par Jules Romains au début du siècle et développée dès La Vie unanime en 1908. L’individu n’y existe jamais seul : il appartient à des rues, des foules, des institutions, des groupes professionnels et politiques dont l’existence collective agit sur lui autant qu’il contribue à la former. Les personnages se rencontrent, disparaissent et reviennent, composant moins une succession d’intrigues qu’une société entière saisie dans son mouvement.
Au centre de cette population immense, Pierre Jallez et Jean Jerphanion offrent deux lignes de continuité. L’écrivain et l’homme politique traversent ensemble les transformations de leur époque, sans toutefois la dominer. Autour d’eux se déploient toutes les strates de la société française : bourgeoisie, classes populaires, milieux intellectuels, monde des affaires, armée, diplomatie et pouvoir parlementaire. Le roman suit ainsi moins quelques héros que la lente formation d’une conscience historique commune.
La continuité de cette entreprise fut brisée par la guerre. Après avoir quitté la France en 1940, Jules Romains séjourna aux États-Unis, puis s’établit au Mexique. Les six tomes centraux de la dernière partie de la fresque, de Cette grande lueur à l’Est à Comparutions, furent alors publiés à New York par les Éditions de la Maison française, l’une des maisons qui maintinrent pendant l’Occupation une édition française libre outre-Atlantique.
Cette parenthèse américaine demeure matériellement inscrite dans le présent ensemble. Le tome XIX, réimprimé à Paris par Flammarion en 1945, conserve au verso du faux-titre la mention « Copyright 1941, la Maison Française, New-York, N.Y. ». Au sein de couvertures redevenues uniformes, cette ligne typographique rappelle que la publication de la fresque avait dû quitter la France avant d’y revenir.
Flammarion reprit en effet les six volumes new-yorkais en 1945 et 1946, sur les mêmes papiers de tête que le reste de la collection. Cette opération permit de reformer une suite parisienne complète et matériellement cohérente, malgré la rupture géographique de sa publication. Le présent exemplaire porte ainsi un même numéro et conserve, d’un bout à l’autre des vingt-sept volumes, la continuité bibliophilique que la guerre avait momentanément interrompue.
Les trois derniers tomes parurent en 1946, tandis que Jules Romains se trouvait encore partagé entre la France et le Mexique. Élu à l’Académie française le 4 avril, en son absence, il fut reçu le 7 novembre. L’achèvement des Hommes de bonne volonté coïncide ainsi avec son retour dans la vie littéraire française, après plusieurs années pendant lesquelles l’œuvre s’était poursuivie loin de son pays et de son éditeur d’origine.
Rare ensemble complet sur pur fil Outhenin-Chalandre, conservé broché, non rogné et à toutes marges. Sous l’uniformité retrouvée de ses vingt-sept volumes demeure visible la fracture de l’exil : commencée sous la IIIe République, poursuivie à New York pendant la guerre et achevée dans la France de la Libération, la plus vaste fresque de Jules Romains porte jusque dans sa typographie l’histoire qu’elle avait entrepris de raconter.