
Manuscrit in-folio de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, comportant 2 ff. n. ch. et 258 pages foliotées, réunissant des extraits et résumés des ordres du Roi et des dépêches du Conseil de Marine depuis septembre 1715 jusqu’en mars 1723. Le volume couvre ainsi toute la période d’activité de cette institution, créée au début de la Régence dans le cadre de la polysynodie et maintenue jusqu’à sa disparition en 1723.
Reliure de l’époque, restaurée, en plein veau fauve. Dos lisse orné de caissons dorés et de motifs dorés par endroits estompés, pièce de titre manquante, lion rampant doré frappé au centre des plats, gardes et contreplats de papier à la cuve, doubles filets dorés sur les coupes. Traces de frottements, coins émoussés.
Les extraits sont soigneusement datés et systématiquement accompagnés, en marge, du renvoi au registre et au folio des minutes dont ils ont été tirés. Cette précision ne relève pas d’une simple compilation érudite : elle révèle un véritable travail de dépouillement archivistique et suggère que le rédacteur disposait d’un accès direct aux archives du département de la Marine. Le manuscrit pouvait ainsi servir d’instrument de consultation, permettant de retrouver rapidement une décision ancienne sans reprendre l’ensemble des registres originaux.
Son sommaire répartit la matière en dix-neuf grandes rubriques : Amirauté ; Armements, avec des subdivisions consacrées notamment à la police des armements, aux campagnes de 1716-1717, à la guerre d’Espagne de 1718 à 1720, aux Barbaresques et à la côte de Guinée ; Artillerie ; Classes et Matelots ; Colonies et Échelles ; Commerce, avec l’Espagne, le Portugal, le Sud, la Guinée, la Compagnie d’Afrique et la Compagnie des Indes ; Constructions et Radoubs ; Fonds ; Garde-côtes ; Honneurs, Rangs et Commandements ; Justice, Police et Discipline ; Munitions, Marchandises et Bois ; Officiers ; Pêche ; Ports et Rades ; Prises ; Saluts ; Troupes ; Vivres.
Le Conseil de Marine fut institué en septembre 1715 parmi les conseils créés par Philippe d’Orléans afin d’associer la haute noblesse au gouvernement pendant la minorité de Louis XV. Placé sous l’autorité du comte de Toulouse, il constitue une exception dans l’histoire de la polysynodie : lorsque la plupart des autres conseils sont supprimés en 1718, celui de Marine est maintenu et poursuit son activité jusqu’en 1723, au moment où la majorité du roi met fin au système et restitue l’administration maritime à un secrétariat d’État.
Le présent manuscrit suit donc presque jour après jour l’activité de ce dernier grand conseil de la Régence. Il embrasse aussi bien l’organisation de la flotte et des arsenaux que le recrutement des équipages, les approvisionnements, la justice maritime, les prises, la pêche, les défenses côtières, les colonies et les compagnies de commerce. À travers cette organisation par matières apparaît tout le périmètre d’action d’un État maritime confronté à la guerre, à l’expansion coloniale et à la réorganisation du grand commerce.
Plusieurs passages donnent au volume un relief particulier. On y trouve notamment un état détaillé des possessions et établissements français, anglais, hollandais, danois et caraïbes dans les Petites Antilles en 1723, ainsi que des instructions relatives à la police religieuse des colonies. Le manuscrit mentionne également, dans le contexte de la coopération franco-britannique, l’envoi de six cents matelots français destinés à renforcer l’escadre de l’amiral Norris en Baltique en 1719. D’autres extraits concernent les grandes compagnies de commerce, et notamment la Compagnie des Indes réorganisée sous le Système de Law en 1719.
Une note ancienne au crayon portée sur la première garde indique : « Aux armes [du] Maréchal Duc de Duras, de l’Académie française ». Elle désigne très vraisemblablement Emmanuel-Félicité de Durfort, quatrième duc de Duras (1715-1789), maréchal de France et membre de l’Académie française en 1775, dont l’importante bibliothèque fut dispersée aux enchères en 1790.
Par son classement thématique, ses références systématiques aux minutes originales et l’étendue chronologique de son dépouillement, ce manuscrit constitue bien davantage qu’un recueil de copies. Il transforme les huit années d’activité du Conseil de Marine en une mémoire organisée du gouvernement maritime de la Régence, conservant à la fois ses décisions et la manière dont l’administration du XVIIIe siècle entendait les classer, les retrouver et les transmettre.