
Longue lettre autographe signée inédite de six pages de Marcel Vertès à Carlo Rim. Texte rédigé d'une écriture grossière à l'encre noire sur trois feullets agraphées avec une enveloppe et une coupure de journal. Quelques légeres rousseurs et pliures.
Longue lettre polémique dans laquelle Marcel Vertès, un an avant sa mort, défend sa charge contre l'art abstrait et reproche à son vieil ami Carlo Rim de ne pas l'avoir soutenu.
Dans cette lettre, dont l'orthographe et la syntaxe parfois fautives tiennent sans doute à l'origine hongroise de l'artiste, Marcel Vertès répond à son ami Carlo Rim, qui lui a transmis une coupure de journal contenant une critique négative de son exposition "Nous les abstraits", signée par Michel Georges-Michel. Dans la série de dessins qu'il a préparée pour cette exposition à la Galerie Lucie Weill, Vertès moque les artistes abstraits et leurs admirateurs. L'exposition semble pourtant avoir plu à la plupart des journalistes et des visiteurs, ce dont il veut pour preuve un autre article, cette fois élogieux, qu'il joint à sa lettre. L'artiste ne s'en lance pas moins dans une défense virulente de ses dessins, qu'il conclut avec assurance : "il fallait que quelqu'un s'écrie que le Roi est nu ! Je suis content que je les ai fait ces documents d'époque". Loin de tempérer ses convictions, il dénigre brutalement les artistes abstraits : "Pour moi, tous, sans exception sont des charlatans - ils ne savent pas dessiner". Il insiste également sur l'accueil favorable réservé à son œuvre par les éditeurs : un album de lithographies a en effet paru aux éditions Léda à l'occasion de l'exposition. Cet album est d'ailleurs devenu un objet de discorde entre l'artiste et son ami cinéaste.
Après ce plaidoyer, Marcel Vertès reproche à Carlo Rim de ne pas avoir défendu son exposition, ce qu'il affirme lui pardonner au nom de leur amitié. Nous apprenons que Vertès avait sollicité Rim pour l'aider "de mettre en bon français [ses] legendes [sic]" et pour rédiger une préface. Ne partageant pas ses vues, Rim s'y est refusé et a même laissé sans réponse une précédente lettre, dans laquelle le peintre proposait de lui offrir un exemplaire de l'album.
Un passage plus inattendu de cette lettre touche au cinéma, domaine que partagent les deux amis : en 1953, Vertès a reçu deux Oscars pour les décors et les costumes qu'il avait créés pour le film de John Huston Moulin Rouge, sorti en 1952. Dans son "post scriptum", il décline en ces termes la proposition de Carlo Rim de le faire participer au festival de Cannes : "J'aime le Soleil à Cannes et pas visionner des films toute la journée". Vertès figura néanmoins parmi les jurés de l'édition de mai 1961, quelques mois avant sa mort, survenue à Paris le 31 octobre de la même année.