Lettres à Bernard Lazare (1885-1889) suivies de Sillafrida
Bel et rare exemplaire.
Préface de Jean-Denis Bredin.
« J'ai horreur de me servir de mes amis dans ma littérature. [...] Je peux montrer mon cul en public et non mon coeur où ta place est si grande, toi, mon frère, non de chair, mais d'esprit et de choix. » (T. Gautier à L. de Cormenin, 1er aout 1851, cf. "Théophile Gautier" par Stéphane Guégan, Gallimard, 2011)
Lettre autographe signée de Roger de Beauvoir. Une page à l'encre noire sur un bifeuillet de papier bleu.
Discrets plis inhérents à l'envoi.
L'écrivain et chroniqueur prépare ses Mémoires de Mademoiselle Mars, immense actrice qui comptait parmi ses intimes. Il invite dans cette lettre son correspondant à se rendre au domicile de la comédienne avec Alexandre Dumas pour y étudier sa correspondance.
"Mon cher ami,
Hier soir à cinq heures j'ai appris une nouvelle si triste qu'elle a influé subitement sur ma santé ; j'ai combattu vainement cette impression, on m'a tant tourné le sang que je viens d'appeler un médecin. Il m'a fait une ordonnant indiquant 3 mois de régime, excusez du peu ! [...] Soyez donc allez bon vous deux Dumas pour venir demain relever dans les lettres de Melle Mars ce qui sera utile [...]
Lettre autographe signée d'Alexandre Dumas, adressée au secrétaire particulier de la Princesse royale. Une page à l'encre noire, adresse autographe au verso et tampons postaux en date du 30 août 1841.
Petite déchirure marginale dûe au décachetage, plis inhérents à l'envoi.
"Très cher,
Ci jointes sous votre couvert deux lettres : une que je vous prie d'envoyer au colonel Brahant par Joseph en le priant d'attendre la réponse. L'autre pour M. Pascal, que vous aurez la bonté de faire passer chez vous et qui vous donnera aussi, séance tenante la réponse. Ces deux réponses très cher, vous me les enverrez.
A vous de coeur,
Dumas
J'avais préparé mon travail pour le 2e et le 17e afin que Mr les ait tous deux en octobre envoyez moi les épreuves si vous faites imprimer avant que je ne sois à Paris".
Esthétique lettre datant de l'exil florentin de Dumas.
Edition originale imprimée à 2000 exemplaires Hors commerce sur Rives Vergé.
Très bel exemplaire.
Lettre autographe signée d'Emile Zola adressée à Octave Mirbeau, datée de sa main du 19 août 1898. Quatre pages à l'encre noire sur un bifeuillet.
Trace de pli horizontal, inhérente à l'envoi.
Publiée dans ses Œuvres complètes, t. XLIX, éd. F. Bernouard, 1927, p. 808.
Superbe missive d'amitié et d'abnégation d'Emile Zola en exil, après avoir été condamné à la peine maximale pour avoir écrit "J'accuse !"
Après son historique cri du cœur dans l'Aurore, Zola est condamné une première fois par le jury de la Seine le 23 février 1898 à un an de prison et trois mille francs d'amende. Le jugement est annulé en cassation, et l'affaire est renvoyée devant les assises de Versailles, qui ne retiennent que trois lignes sur les huit cent que comptent "J'accuse !" comme chef d'accusation. Pour ne pas accepter un tel étouffement des débats, la défense de Zola décida de faire défaut, et la condamnation fut confirmée. Après sa sortie mouvementée du Palais de Justice, Clémenceau et son avocat Labori lui conseillèrent de quitter le pays avant que le jugement ne pût devenir exécutoire. Il partit le soir même par le dernier train, avec pour seul bagage une chemise roulée à la hâte dans du papier journal.
Un mois après son départ, l'écrivain rédige cette superbe réponse à une lettre de son fidèle soutien, Octave Mirbeau, qui lui écrit quelques jours auparavant : « Nous ne pensons qu'à vous ; il n'est pas une minute de notre existence que vous ne la remplissiez tout entière » (14 août 1898). Installé à Weybridge dans la banlieue londonienne, il reçoit avec colère les "échos de Paris" et enrage de voir Esterhazy encore blanchi, cette fois par la justice civile.
« Mon cher ami,
Merci de votre bonne lettre [...] Dans la lâcheté universelle, vous ne sauriez croire combien je suis ému de sentir quelques fidèles autour de moi.
Mon existence, ici, est devenue possible; depuis que j'ai pu me remettre au travail. Le travail m'a toujours réconforté, sauvé. Mais mes pauvres mains n'en restent pas moins tremblantes d'un frisson qui ne peut finir. Vous ne sauriez croire la révolte où me jettent les échos de France qui m'arrivent. Le soir, quand le jour tombe, je crois que c'est la fin du monde.
Vous pensez que je dois rentrer et me constituer prisonnier, sans retourner à Versailles. Cela serait trop beau, d'avoir ainsi la paix de la prison, et je ne crois pas que cela soit possible. Je ne suis pas parti pour rentrer ainsi, notre attitude ne serait ni logique, ni belle. Je crois plutôt que c'est pour moi l'exil indéfini, à moins de courir l'abominable risque d'un nouveau procès. D'ailleurs nous ne pourrons prendre un parti qu'en octobre. Et d'ici là, qui sait ? bien que je ne compte plus que sur un miracle, auquel je ne crois guère.
Soyons donc braves, mon ami, et que notre oeuvre se fasse ! Si je puis continuer à travailler, tout n'ira encore pas trop mal.
[...]
Je vous embrasse vous-même, mon bon ami, l'ami fidèle et rare des jours mauvais »
Poignante confession manuscrite de l'écrivain justicier contraint à l'exil. La mort viendra le frapper en pleine gloire, sans qu'il puisse connaître le dénouement de l'Affaire à laquelle il a consacré de longues années de lutte.
Billet autographe de François René de Chateaubriand, 12 lignes à l'encre noire sur un double feuillet , adressé à madame Amédée de Duras se réjouissant de sa meilleure santé.
Une déchirure avec manque inhérente au fait que le cachet a été rompu pour faciliter la lecture du billet.
"Mde de CH[ateaubriand]. me dit de vous répondre: si je meurs, madame, ce sera à vos pieds le matin. Non pas à midi, mais à trois heures et demie. Je me porte à merveille chez ma soeur. Que cela ne soit pas vous, mais mde de Lévis qui m'ait vu perdre ma longue barbe er mon mouchoir turc. Ne venez pas, vous ne devriez pas venir. Mde de Ch[ateaubriand] est inconsolable... "
Lettre autographe datée et signée d'Henri Martin, peintre post-impressionniste qui fut l'élève de Jean-Paul Laurens, 20 lignes rédigées à l'encre noire.
Pliure centrale inhérente à l'envoi postal. En fin de missive, quelques notes de calcul à l'encre noire probablement tracées par le récipiendaire.
Lettre autographe signée d’Honoré de Balzac à Sophie Koslowska. 4 pages à l’encre noire sur un bifeuillet.
Plis transversaux inhérents à l’envoi. De très infimes endroits ajourés le long du pli horizontal du premier feuillet.
Publiée dans sa Correspondance 1819-1850, II. Paris, Calmann-Lévy, 1875, p. 31-33.
Longue et fébrile missive de Balzac, à quelques jours de la création des Ressources de Quinola au Théâtre de l’Odéon, qu’il adresse à sa proche amie Sophie Kozlowska, fille du prince Kozlowski.
L’écrivain se confie sur les chaotiques derniers préparatifs et emploie son amie à remplir la salle de toute la haute société russe de Paris.
Lettre autographe très probablement inédite signée adressée par Juliette Drouet à son amant Victor Hugo, quatre pages rédigées à l'encre noire sur un bifeuillet.
Pliures transversales inhérentes à l'envoi, pli unifiant les deux feuillets renforcé d'une fine bande de papier encollé à peine perceptible.
Absente de la très complète édition en ligne des lettres de Juliette Drouet à Hugo du Centre d'Études et de Recherche Éditer/Interpréter (Université de Rouen-Normandie).
Très belle déclaration d'amour et d'admiration de Juliette Drouet, le lendemain de la plaidoirie d'Hugo défendant son fils. Charles Hugo avait été traduit devant les assises, et condamné malgré l'intervention de son père, pour avoir vaillament fustigé la mise à mort de Claude Montcharmont.
Le grand amour d'Hugo adresse cette lettre en des temps troublés, où père et fils se retrouvent au devant de la scène pour leurs prises de position abolitionnistes. Scandalisé par l'exécution de Montcharmont, un braconnier du Morvan de 29 ans, Charles Hugo fait paraître un article dans l'Evénement qui lui vaut un procès pour atteinte au respect dû aux lois : la Seconde république n'existe déjà plus que de nom, et la presse fait l'objet d'attaques fréquentes, encore aggravées ici par la notoriété des Hugo. Victor tient à défendre son fils et livre un plaidoyer resté célèbre : "Mon fils, tu reçois aujourd'hui un grand honneur, tu as été jugé digne de combattre, de souffrir peut-être, pour la sainte cause de la vérité. A dater d'aujourd'hui, tu entres dans la véritable vie virile de notre temps, c'est-à-dire dans la lutte pour le juste et pour le vrai. Sois fier, toi qui n'est qu'un simple soldat de l'idée humaine et démocratique, tu es assis sur ce banc où s'est assis Béranger, où s'est assis Lamennais !"
Malgré l'historique intervention d'Hugo, Charles est condamné à six mois de prison et 50 francs d'amende - une décision que fustige amèrement Juliette, submergée par l'angoisse à l'issue du procès : "J'ai beau savoir que cet arrêt inique est non seulement supporté avec courage par vous tous, mais accepté avec orgueil et avec joie par le plus directement intéressé dans cette malheureuse condamnation, la fatigue et l'inquiétude que j'ai éprouvé pendant toute cette interminable journée d'hier m'a laissée une douloureuse courbature physique et morale".
12 juin jeudi matin 7h [1851]
Bonjour, mon pauvre sublime petit homme, bonjour, mon pauvre généreux homme. [...] Pourvu que l'émotion et la fatigue ne t'aient pas fait mal. [...] Jusque là ma pensée sera si souvent de la crainte à l'espérance et de l'espérance à la crainte avec cela que j'ai la tête brisée depuis hier. J'ai beau savoir que cet arrêt inique est non seulement supporté avec courage par vous tous, mais accepté avec orgueil et avec joie par le plus directement intéressé dans cette malheureuse condamnation, la fatigue et l'inquiétude que j'ai éprouvé pendant toute cette interminable journée d'hier m'a laissée une douloureuse courbature physique et morale dont je n'ai pas encore pu triompher jusqu'à présent. Je compte beaucoup sur la salutaire réaction que me causera le bonheur de te savoir pas plus satisfait que ce jour dernier [...] Ce que je sais ce qui ne s'embrouille jamais dans mon cœur c'est que je t'aime à l'adoration et que tu es le soleil de mon âme et la joie de mes yeux.
Superbe lettre, témoignage du désir commun de justice qui habitaient les plus célèbres amants du XIXe siècle.
Lettre autographe daté et signée de Jean Hélion adressée à Raymond Queneau, 41 lignes (quatre pages sur deux feuillets) rédigées à l'encre noire.
Jean Hélion ne peurt répondre favorablement à une invitation lancée par son ami Raymond Queneau en partie en raison de son esprit casanier : "J'ai pris l'habitude de rester chez nous, le samedi après-midi : à l'atelier jusqu'à 5 heures et là-haut jusqu'à l'heure du dîner pour y recevoit toutes sortes de jeunes gens que je n'ai pas le temps de voir un par un... Mais j'aimerais davantage vous montrer à vous seul, un peu tranquille et à n'importe quelle heure. Ne passez-vous jamais de ce côté ?"
Il s'inquiète du cheminement politique d'un de leurs amis en commun, le militant pacifiste Garry Davis qui créa en 1948 le mouvement des Citoyens du Monde et en 1954 l'organisation World Service Authority : "Je m'occupe encore de ce bon Garry Davis, qui s'engage maintenant dans la non-violence, mais d'une façon qui pourrait être violente... Breton a tapé dessus comme sur des cymbales. Mais moi, par amitié, autant que pour une confiance dans sa force instinctive, je l'aiderai tant que possible... Il veut encore consulter ses amis, et il en a grand besoin. Camus, Mounier, Altman, l'abbé Pierre et quelques autres lui sont demeurés dévoués."
Lettre autographe paraphée d'Emile Zola, datée de sa main du 10 avril 1898. Quatre pages à l'encre noire sur un bifeuillet, adressée à la femme d'Octave Mirbeau.
Trace de pli horizontal inhérent à l'envoi, de très rares et discrètes rousseurs sur le premier feuillet.
Particularité de cette correspondance d'exil, Zola choisit d'omettre sa signature dans ses lettres - ou comme ici, de parapher seulement, se prévenant de la censure ou des enquêtes de police.
Publiée dans ses Œuvres complètes, t. XXV, éd. F. Bernouard, 1927, p. 820.
Déchirante lettre de Zola écrite dans l'exil le plus total, la retraite la plus ignorée, le silence le plus absolu. L'écrivain justicier est reclus en Angleterre, contraint de quitter Paris après avoir été condamné à la peine maximale pour avoir écrit "J'accuse !"
é pendant ces heures cruelles.
Lettre autographe signée de Guy de Maupassant, au critique Vittorio Pica. 1 page ¼ à l'encre noire sur deux page d'un bifeuillet, avec sa mention manuscrite en tête "Cannes. Villa mon plaisir". Enveloppe autographe jointe, avec un manque dû à l'ouverture.
Discrets transferts d'encre sépia sur le premier feuillet, d'une autre missive de Maupassant.
Charmante lettre de Maupassant à la vue défaillante, annonçant son voyage en Italie, qu'il fera le mois suivant en compagnie du peintre Henri Gerveix et de Henri Amix.
Il adresse cette lettre et sa nouvelle Yvette au critique littéraire napolitain Vittorio Pica, qui fit paraître de nombreuses études dans les revues littéraires italiennes Fantasio, Napoli Letteraria et La Tavola Rotonda sur les chefs-d'oeuvre de l'écrivain, dont Mademoiselle Fifi, Pot-Bouille, Une Vie, et Bel-Ami.
Accablé par des troubles visuels, Maupassant éprouve le besoin d'une perpétuelle fuite en avant, et fait son grand tour de Côte d'Azur et de Méditerranée dans les années 1880, dont il publiera les impressions sous forme de chroniques.
"Mon cher Confrère,
Excusez si je ne vous écris jamais, mais j'ai les yeux si malades que la seule pensée d'écrire dix lignes me torture.
J'ai l'intention d'ailleurs de faire plus, et d'aller vous serrer la main dans le courant d'avril. Je veux aller voir Naples, et descendre jusqu'à la Sicile. Je serai heureux de vous dire toute la reconnaissance que je vous ai pour votre si cordiale confraternité.
Je me demande si vous avez reçu Yvette [souligné plusieurs fois]. Dans tous les cas j'en ai encore un exemplaire ici, je vous l'adresse en le recommandant car les employés des Postes sont plus que suspects. [...]"
Le mois suivant cette lettre, Maupassant sillonnera avec ses compères la Riviera Ligure, Savone, Gênes, puis Venise puis Naples et son golfe : "Naples et ses habitants indisciplinés le séduisent davantage. Le désordre et la saleté de la ville l'amusent. Il félicite le laxisme avec lequel ce peuple du soleil appréhende la vie". (Cosimo Campa, Maupassant).
On ne sait s'il ira finalement serrer la main de son correspondant napolitain, Vittorio Pica. Ce dernier s'intéresse très tôt aux mouvements naturalistes et symbolistes français : "Curieux de tous les mouvements d'avant-garde, il s'était d'abord occupé des naturalistes - il a entretenu des rapports suivis avec Maupassant, Huysmans et Zola -, ensuite il s'intéressa aux symbolistes, à Mallarmé et à Verlaine surtout, auxquels il a consacré des études d'une justesse admirable" (Petralia, Bibliographie de Rimbaud en Italie cit., p. 37). Collaborateur des plus prestigieuses revues nationales et internationales de tendance moderniste, il est l'un des premiers fondateurs de la Biennale de Venise, dont il sera le secrétaire général de 1920 à 1926.
Esthétique missive de l'écrivain pérégrinateur à un grand admirateur de ses oeuvres.
"Mon cher ami,
Je ne vous ai pas écrit parce que j'ai les yeux de plus en plus malades et qu'il m'est interdit de m'en servir soit pour lire soit pour écrire. [...]
Mais comme je vois que vous supposez des causes inexpliquées à mon silence, j'ai voulu vous en dire moi-même la raison. Merci pour vos articles, mais je ne les ai pas lus et on ne me les a pas lus. Le dit secrétaire a dû s'épargner cette besogne. Je les fais chercher : et je vais me les faire traduire tout de suite. Voilà un des gros ennuis des yeux malades ; on ne me montre pas la moitié des choses. Je vous fais envoyer Mont-Oriol par le même courrier.
Excusez mon laconisme, mon cher Pica, et croyez à mes sentiments bien affectueux".
"je ne suis très fort que parce que je m'attends à tout et que mon seul but est le peu de vérité que nous réussirons sans doute à faire encore. Après, mon Dieu, qu'importe !"
Lettre autographe signée et datée d'Auguste Bartholdi adressée à l'écrivain Edmond About. Trois pages à l'encre noire sur un bifeuillet à son en-tête. Traces de plis transversaux inhérents à l'envoi.
Bartholdi revient d'Egypte après avoir présenté son projet de statue-phare pour le canal de Suez, qui verra finalement le jour aux Etats-Unis sous le nom de Statue de la Liberté. Le sculpteur donne ses impressions après ce périple, et rapporte des soieries et des tapis persans du bazar pour son ami.
De mars à avril 1868, Bartholdi séjourne en Égypte pour soumettre son projet de monument au vice-roi Ismaïl-Pacha. L'idée d'une statue érigée à l'entrée du canal de Suez était née de la visite du sculpteur au pavillon de la société du canal à l'Exposition universelle de Paris. Ces travaux de percement méritaient à ses yeux une œuvre pharaonesque : il imagine alors un colosse féminin de cinquante mètres, tendant son bras vers le ciel et brandissant une lanterne - qu'il baptise « L'Egypte apportant la lumière à l'Asie », ou « L'Egypte éclairant l'Orient ». Le pacha ainsi que le constructeur en chef du canal Ferdinand de Lesseps ne furent pas conquis :
« De mon entreprise je ne puis pas vous donner de renseignements intéressants. Je ne sais vraiment pas moi-même si j'ai réussi ou non. Il faut attendre, j'ai trouvé un accueil bienveillant ; mais rien de caractérisé, à la mode Egyptienne. » L'idée prendra finalement germe outre-Atlantique, où son colosse sera accueilli avec enthousiasme par l'union franco-américaine et lui assurera une renommée internationale.
Outre ses excursions à dos de baudet pour trouver un emplacement à son œuvre sur les bords du canal, le sculpteur se prit à flâner dans les rues d'Alexandrie et du Caire, réalisant de nombreux croquis : « Je comptais retourner compléter mes études au bazar ; quand étant indisposé, j'ai été amené à partir brusquement [...] j'ai eu le plaisir de voir votre ami Arackel qui a été pour moi aussi aimable que votre lettre ». Bartholdi remercie également About pour son élogieuse critique de ses œuvres parue le 1er juin : « Il a fallu votre aimable petit mot dans la Revue des deux mondes pour me fourrer la plume dans les mains. Merci bien de votre caresse amicale » et l'entretient longuement à propos de soies et tapis qu'il lui avait promis : « L'habaye [abbaya] de soie bleue et or coûtait 180 au lieu de 175 et on ne me la laissait qu'a 130 dernier prix. Les tapis de Caramanie coûtaient 60 dernier prix, et je n'en ai vu que deux ou trois qui fussent beaux ».
Précieuse et esthétique lettre de Bartholdi, dont l'infructueuse entreprise en Egypte se traduira aux Etats-Unis par son immortelle statue, devenue le symbole de toute une nation.
Mon cher Buloz, voici la lettre à M. Lerminier n'y changez rien. Relisez-en vous même et vous seul l'épreuve. Corrigez les fautes de typographie. Veuillez à la ponctuation et aux guillemets. Il va sans dire que les blancs de mon manuscrits sont le résultat de coupures et de transcriptions que j'ai faites, et ne demandent que de simples alinéas.
Bonjour et amitié,
George
Cette lettre constitue la parfaite illustration de la collaboration aussi houleuse que fructueuse qui unit François Buloz et George Sand. Ce dernier donne pendant de nombreuses années à Sand une tribune et un moyen de vivre de sa plume. Elle publie dans la Revue un grand nombre de chefs-d'oeuvre, dont Lettres d'un voyageur (1834-1836), Mauprat (1837), Spiridion (1839), Gabriel (1839), Mademoiselle La Quintinie (1863), Césanne Dietrich (1870). Par son biais, elle participe aussi activement aux débats politiques de son temps. En 1838, Buloz est le grand orchestrateur d'un duel idéologique lorsque Sand "décide de prendre à partie le critique Lerminier, qui venait de faire dans la revue une analyse très critique du Livre du peuple, Buloz par désir de publicité permet à ses deux collaborateurs d'échanger publiquement leurs coups dans la revue. Par l'intermédiaire de Lerminier et de son ton supérieur, la revue dévoile alors sa vision plutôt misogyne de la littérature et de la philosophie : « le temps est venu pour vous de donner à vos opinions philosophiques plus de consistance et d'étendue car vous entrez dans une nouvelle phase de la vie et du talent. L'inspiration et la fantaisie vous ont élevée à une hauteur où elles ne suffiraient pas à vous maintenir. Puisez maintenant, madame, de nouvelles forces dans la réflexion et la science » (Marie-Eve Thérenty, George Sand, François Buloz et la Revue des Deux Mondes).
Sand réagit aussitôt et envoie son article de riposte accompagné de cette missive comminatoire, ordonnant à Buloz de publier son texte en l'état. Lamennais sera très touché de son geste :« Je compterai toujours parmi les circonstances heureuses de ma vie, où je n'en compte pas beaucoup, d'avoir été défendu par vous. En publiant mon dernier livre, je savais bien qu'il choquerait à peu près tout le monde, légitimistes, juste-milieu, catholiques, républicains même, ceux du moins qui ne veulent ni de Dieu ni de la liberté, et le nombre en est grand, et ils ont une terrible foi en eux-mêmes. Je n'ai espéré que dans le peuple qui ne fait pas de systèmes, et qui, sous l'influence des instincts humains primitifs et impérissables, juge par le coeur, et juge seul infailliblement. Sans lui je ne sais ce que deviendrait la liberté sur la terre. M. Lerminier et bien d'autres se figurent que je parle au hasard, selon que m'importe l'idée du moment. Ils se trompent » (Yves Chastagnaret, George Sand, Lerminier et le Livre du Peuple de Félicité Lamennais).
Lettre autographe datée de Liane de Pougy adressée à l'archéologue français, conservateur du musée de Saint-Germain et professeur d'histoire de l'art à l'École du Louvre, Salomon Reinach, 56 lignes rédigées à l'encre bleue sur un feuillet recto verso, écrite depuis sa propriété du Clos-Marie à Roscoff où la célèbre courtisane y séjourna jusqu'en 1926.
Une petit déchirure en marge droite de la lettre et inhérente à la mise sous pli de la missive ; une légère autre en pied sans atteinte au texte.
Liane de Pougy s'extasie devant la jouvence des 65 printemps de son correspondant : "Many happy returns pour vos 65 ans qui vont ont trouvé si jeune, si frais, si vert, et de sentiments potaches (potasses). Mon ami, votre morale jeunesse détient le secret de votre jeunesse physique - ainsi que Rosa Josepha l'une tue l'autre - l'une conserve l'autre - et cela vu de front." tout en magnifiant son irradiante intelligence : "Ne plus produire. Vous asseoir sur le trône si haut de vos trophées formé par tout ce que vous avez arraché à l'instinct pour sacrifier à l'intellectualité. Pourquoi dit-on toujours puits de science - au lieu de dire une colonne lumineuse - un ciel - un soleil - un astre, etc... enfin de désigner par ce qui nous fait lever la tête."
Elle attend son amie et ancienne amante la terrible et infidèle Natalie Clifford-Barney : "Natalie forme le projet de venir au clos fin 7bre. Elle a ici une blessure à panser - le temps a déjà, heureusement, en ceci fait son oeuvre ! J'ai le poil sensible et comme le mousquetaire : bon coeur et mauvais caractère. C'est la 1ère fois que l'amazone m'aura dûrement visée... N'en parlons plus." et ne veut surtout pas être plainte ni consolée pour ses déboires sentimentaux : "J'ai souffert en silence mais sans résignation. Ne parlez pas de ceci à Nathanaël... Nathanaël veut dire Philippe affirme Max Jacob qui vit près de nous et travaille près de nous de la plus intéressante façon..."
Belle lettre de la célèbre courtisane, actrice et autrice Liane de Pougy narrant avec une virile pudeur ses déceptions amoureuses avec Natalie Clifford-Barney.
"Chère Madame,
Mille excuses pour le malentendu qui est de ma faute, sans doute.
Je ne me souvenais pas du tout que vous n'étiez pas libre ce soir. Si vous l'êtes demain samedi, j'en serais heureux. J'ai couru à Châtelet et suis parvenu à faire changer le jour pour mes places.
Voulez-vous avoir l'amabilité de me prévenir, soit par un télégramme, soit par un message téléphonique. Les pneumatiques ne parviennent pas à Levallois.
Une fois de plus pardonnez-moi et à demain soir, j'espère.
Respectueuses amitiés de votre dévoué"
Lettre autographe signée de Rainer Maria Rilke adressée à l’actrice Else Hotop, qu’il nomme par son nom de scène : Elya Maria Nevar.
2 pages et demi à l’encre noire sur un bifeuillet filigrané « Sackleinen », enveloppe autographe jointe, adressée à « Else Hotop » portant des cachets postaux en date du 3 novembre 1918.
Publiée dans les lettres qu’elle fit paraître sous le titre Freundschaft Mit Rainer Maria Rilke, 1946, p. 35.
Précieuse pièce de la correspondance du poète Rainer Maria Rilke, qui reflète les délices d’un après-midi enchanté avec la comédienne Elya Nevar, l’une de ses plus ferventes admiratrices, loin du grondement de la guerre qui faisait rage.
« Chère amoi [sic]
Ton ami arrivé moulu brisé de deux nuits de voitures et de chemins de fer. Il t'attend demain soir mardi. Oh ce sera avec grand bonheur qu'il s'assurera que toutes choses sont dans l'état où il les a laissées
a toi »
Lettre autographe signée d’Honoré de Balzac adressée à son ami l’écrivain Charles de Bernard. Une page rédigée à l’encre noire sur un bifeuillet. Au verso du dernier feuillet, figure l’adresse du destinataire [Charles de Bernard du Grail] rédigée de la main de Balzac, ainsi que des tampons postaux et le cachet portant les armes des Balzac d’Entraigues, que l’écrivain s’était appropriées.
Quelques infimes trous sans atteinte au texte, traces de plis inhérentes à l’envoi.
Publiée dans sa correspondance (Paris, Calmann Lévy, 1876, CXIV, p. 252-253).
Balzac écrit cette missive quatre jours après sa toute première rencontre et son premier baiser avec Madame Hanska à Neuchâtel, à la suite de longs mois d’échanges épistolaires.
« J’ai été très heureux ici. Je suis très content de ce que j’ai vu, le pays est délicieux ; mais vous savez que Jupiter a deux tonneaux et que les dieux n’ont point de faveurs qui soient pures. »
Lettre autographe datée et signée de Charles de Gaulle, adressée à sa cuisinière Augustine Bastide, qui le servit de 1940 à 1958, 13 lignes à l'encre noire sur son papier à en-tête.
Trace de pliure inhérente à la mise sous pli.
Les de Gaulle avait recueilli la destinataire de cette lettre, Augustine Bastide, à leur arrivée à Londres. D'origine provençale elle servit la famille de 1940 à 1958 d'abord en Grande-Bretagne puis en France. A la table du couple de Gaulle dans une Angleterre sévèrement frappée par les rationnements, on pouvait alors trouver lapins, bigorneaux, et autres grenouilles. La "Méridionale au franc-parler" demeurera au service du général durant près de vingt ans, suscitant parfois l'hilarité du stoïque chef d'Etat :
« En 1946, alors qu'il venait de quitter le pouvoir volontairement, il lui a lancé : "Vous voyez Augustine, la politique c'est plus décevant que le travail aux fourneaux". Alors, les mains aux hanches, elle a rétorqué : "Mais général, pourquoi ne vous décidez-vous donc pas à rendre définitvement votre tablier ?" Mon père n'a pu se retenir de rire »
(Philippe de Gaulle, De Gaulle mon père)
Lettre autographe signée de Camille Saint-Saëns adressée à l'essayiste, musicologue et critique musical Adolphe Boschot, 43 lignes rédigées à l'encre noire sur un double feuillet bordé de noir. Pliure transversale inhérente à l'envoi avec légères déchirures aux extrémités, enveloppe jointe de la main de Saint-Saëns à l'adresse de Boschot, au 71 rue de Grenelle. Note au crayon d'un précédent bibliographe au verso de l'enveloppe.