
Jeu d'épreuves complet en placards non corrigées datant d'août-septembre 1935, 65 pages sur autant de feuillets numérotés au crayon de 1 à 65.
Premier jeu d'épreuves en placards pour le tout premier roman d'Henri Calet intitulé La Belle Lurette (Gallimard, octobre 1935). qui fut transmis à l'auteur par les éditions Gallimard au cours de l'été 1935.
"Le 15 juin 1935, dans une petite chambre de la rue Edgar Poe, tout près des Buttes-Chaumont, Calet achevait la rédaction de son premier livre, La Belle Lurette, qui parut en novembre de la même année chez Gallimard, avec l'appui de Jean Paulhan. L'ouvrage n'eut guère de succès en librairie, mais Calet gagna ainsi l'estime de prestigieux confrères de Gide à Valéry Larbaud, en passant par Max Jacob et Eugène Dabit et parmi les chroniques saluant les débuts du jeune écrivain, il s'en trouva même qui parlèrent de « chef-d'œuvre » ou de « roman d'une génération ».
Il s'agissait pourtant d'un livre sec, cru et brutal, où l'auteur racontait cyniquement une tranche de vie cruelle, véritable épopée de la déveine et de l'abjection dans laquelle venaient s'inscrire à l'encre noire les épisodes les plus sordides de ses origines familiales. Un livre plein d'humeurs, mais aussi plein d'humour, et de vie, dont s'élévait pourtant un mystérieux lyrisme sans périodes ni cadences. Tout cela, en outre, était servi par un style que l'on peut qualifier d'exceptionnel, cocktail peut-être sans précédent, dans l'histoire littéraire, composé de formules lapidaires, d'ellipses vengeresses, d'expressions populaires, de calembours et de court-circuits de toutes sortes qu'une disposition typographique particulière achevait d'imposer. Calet fit paraître ensuite Le Mérinos, en 1937, et Fièvre des polders, juste avant guerre, mais on peut considérer aujourd'hui que La Belle Lurette est sans conteste le chef-d'œuvre de sa manière noire. L'ouvrage est constamment réédité dans la collection « L'Imaginaire », chez Gallimard, depuis 1979. L'état dans lequel il se présente en fait un document tout à la fois précieux et fascinant car il s'agit en réalité d'un chef d'œuvre littéraire à l'état brut..." (Jean-Pierre Baril)