
Album accordéon composé de cinq peintures en couleurs sur soie ocre, montées sur carton et bordées de soie beige. Reliure en soie brochée bleue à motifs chinois, étiquette de titre grège semée d'or, restée muette. Fraîcheur notable des peintures et de la reliure dans les parties documentées par les photographies.
La première page porte un titre manuscrit en quatre caractères, 趣味無止, que l'on peut librement rendre par « Plaisir sans limite ». Il est accompagné d'une inscription verticale partiellement lisible, 汴江陸[...], suivie d'un cachet rouge et d'un dernier caractère qui n'a pu être déchiffré. Si 陸 peut correspondre au patronyme Lu et si 汴 évoque historiquement Bian, nom étroitement associé à Kaifeng, l'état actuel de la lecture ne permet de déterminer ni la fonction exacte de cette inscription, ni l'identité de son auteur. Elle ne saurait donc être considérée avec certitude comme une signature de peintre ; associée au cachet, elle constitue néanmoins un élément matériel peu commun et susceptible de contribuer à une attribution future.
Les cinq peintures présentent des couples dans des intérieurs soigneusement composés, meublés de lits, sièges, tables et objets domestiques dont le traitement participe pleinement à la scène. La précision du dessin apparaît autant dans les figures que dans les étoffes ; un léger modelé anime les corps et les visages, tandis que les plis et superpositions des vêtements donnent aux compositions une profondeur que renforcent l'agencement du mobilier et les variations de posture. L'érotisme ne se détache ainsi jamais du décor qui l'accueille, conçu comme l'espace familier et raffiné d'une intimité privée.
Les femmes demeurent chaussées dans chacune des scènes ; les petites chaussures représentées peuvent évoquer l'importance érotique du pied bandé dans la Chine des Qing. Loin d'être systématiquement dissimulés dans la peinture érotique chinoise, pieds bandés et chaussures miniatures pouvaient eux-mêmes participer aux codes de séduction du genre.
Ces peintures appartiennent à la longue tradition des chungong hua, littéralement « peintures du palais du printemps », également désignées sous le terme plus bref de chunhua, « peintures de printemps ». Le vocabulaire du printemps, depuis longtemps associé en Chine aux relations amoureuses et sexuelles, s'applique particulièrement bien au format de l'album : tenu en main et découvert feuille après feuille, celui-ci comptait parmi les supports privilégiés d'une iconographie destinée à une contemplation rapprochée et privée. À partir de la fin des Ming, l'album devient même l'une des formes dominantes de la peinture érotique chinoise.
Souvent condamnées par les moralistes et visées par des interdictions de production ou de vente sous les Ming et les Qing, ces œuvres occupent une place particulière dans l'histoire de la peinture chinoise. Leur transmission est compliquée par la fréquence des copies et des attributions apocryphes ; des noms de maîtres célèbres furent ainsi ajoutés à des compositions postérieures pour en accroître le prestige. Les signatures et sceaux d'artistes pouvant être tenus pour fiables demeurent, à l'inverse, relativement peu fréquents dans le corpus conservé.
Le titre 趣味無止, l’inscription encore imparfaitement déchiffrée et le cachet rouge confèrent ainsi à cet album un intérêt documentaire particulier dans un corpus où les indications d’auteur sont rares et souvent incertaines. Sans permettre pour l’instant d’identifier leur auteur avec certitude, ces éléments renforcent l’intérêt documentaire de cet ensemble de cinq peintures, remarquable par la qualité de son exécution et par la présence de marques anciennes susceptibles d’éclairer son attribution.