
Édition hollandaise en français des Six Voyages, publiée à Utrecht en 1712 chez Guillaume Vande Water et Guillaume & Jacob Poolsum, l’une des trois seules éditions françaises de l’ouvrage imprimées hors de France entre l’originale parisienne de 1676 et 1724, avec celles d’Amsterdam en 1678 et de La Haye en 1718. Elle est illustrée d’un portrait de Tavernier, d’un frontispice allégorique signé J. Goeree et de 34 planches, dont 27 dépliantes, consacrées notamment aux monnaies, aux objets, aux plans, aux usages et aux pierres précieuses rencontrés au cours de ses voyages.
Reliure de l’époque en plein veau brun, conservée dans un étui moderne recouvert de papier marbré ancien. Dos à nerfs richement orné, pièces de titre et de tomaison en maroquin rouge. Au tome I : petit manque au mors inférieur en tête, manques en queue, minuscules lacunes entre les nerfs, quelques grignotages sur le plat inférieur, épidermures au dos et en partie sur les plats ; au tome II, quelques épidermures. Trois cahiers mal alignés au tome I, un au tome II. Page de titre de la Seconde Partie avec découpe et manque en marge ; trace de mouillure aux quatre premiers feuillets en marge externe. Déchirure avec petit manque à la planche représentant les plus beaux diamants vendus au Roi, Seconde Partie, fol. 374. Ensemble néanmoins bien frais.
Négociant en pierres précieuses et objets de luxe avant d’être écrivain, Jean-Baptiste Tavernier effectua six grands voyages en Orient entre les années 1630 et 1668. Ses itinéraires le conduisirent à travers l’Empire ottoman et la Perse jusqu’à l’Inde, notamment dans les régions diamantifères du royaume de Golconde, où il observa au plus près l’extraction, le commerce et la circulation des gemmes.
De retour à Paris à la fin de 1668, Tavernier apporta à Louis XIV un ensemble considérable de pierres précieuses. Le Trésor royal lui versa le 8 mars 1669 la somme de 898 731 livres pour cette acquisition, qui comprenait environ un millier de gemmes et diamants. Parmi eux figurait le fameux diamant bleu de 112 3/16 carats, que Louis XIV fit retailler pour former le grand diamant bleu de la Couronne, aujourd’hui connu sous le nom de Bleu de France ; volé avec les joyaux de la Couronne en 1792 puis à nouveau retaillé, il est à l’origine du diamant Hope aujourd’hui conservé au Smithsonian Institution. La même année, Tavernier fut anobli.
Les planches des Six Voyages donnent à cette activité commerciale une remarquable traduction visuelle. Certaines reproduisent les principaux diamants passés entre les mains de Tavernier et acquis par le roi ; l’image imprimée prolonge ainsi directement la transaction. Loin d’être de simples ornements, ces figures participent à la dimension documentaire de l’ouvrage, où monnaies, poids, marchandises, routes et usages sont observés avec l’attention pratique d’un négociant habitué à mesurer et comparer la valeur des choses.
Tavernier rédigea son récit à partir des notes accumulées pendant près de quarante années de voyages. La mise en forme littéraire des Six Voyages fut traditionnellement attribuée, au moins en partie, à Samuel Chappuzeau ; La Chapelle aurait pour sa part collaboré au Recueil de plusieurs relations, publié en complément. L’ouvrage connut rapidement un immense succès européen, dont les éditions françaises d’Amsterdam, Utrecht et La Haye témoignent encore plusieurs décennies après sa première publication.
Par les pierres qu’il décrit, les routes commerciales qu’il retrace et les diamants qu’il fit entrer dans les collections de Louis XIV, Tavernier réunit dans un même livre l’expérience du voyageur, l’œil du marchand et la mémoire du commerce royal. Les planches donnent à cette convergence une force particulière : elles fixent sur le papier des gemmes que l’auteur avait lui-même négociées, transportées et, pour certaines, remises au Roi-Soleil.