
Édition originale de la traduction française donnée par Pierre Le Tourneur, publiée à Paris chez Buisson en 1787, en deux volumes in-4. Elle paraît la même année qu’une édition in-8 en trois volumes, plus courante, chez le même éditeur. L’illustration comprend un frontispice replié représentant une vue du Cap, une grande carte dépliante du Cap et 15 planches hors texte, dont plusieurs dépliantes. Les planches ont ici été reliées en fin des volumes I et II. Certaines portent encore la mention « Tom. III », héritée de la tomaison de l’édition in-8, signe que les deux éditions autorisées ont circulé avec les mêmes cuivres.
Reliures de l’époque en pleine basane brune mouchetée. Dos à nerfs ornés, pièces de titre de maroquin rouge et pièces de tomaison de maroquin noir. Double filet à froid sur les plats. Au tome I, manques en tête des mors et mors supérieur finement fendu en tête et en queue ; au tome II, mors supérieur frotté. Coins restaurés au moyen de bandes de cuir. Quelques feuillets brunis en fin du tome II, sinon pâles rousseurs éparses. Planche 2 du tome II mal repliée.
Anders Sparrman arrive au Cap en avril 1772, après avoir déjà navigué jusqu’en Chine comme chirurgien de bord. Élève de Linné, il s’y installe d’abord comme précepteur tout en poursuivant ses recherches naturalistes. Quelques mois plus tard, Johann Reinhold Forster le recrute comme assistant à bord de la Resolution : Sparrman rejoint ainsi le second voyage de Cook et participe pendant près de vingt-huit mois à une navigation qui mène l’expédition au-delà du cercle antarctique, en Nouvelle-Zélande, à Tahiti et à l’île de Pâques.
Revenu au Cap en mars 1775, il ne rentre pas immédiatement en Europe, exerçant la médecine puis entreprenant, de juillet 1775 à avril 1776, une longue exploration vers l’est de la colonie, jusqu’à la Great Fish River. Ce voyage donne à son livre l’essentiel de sa matière : observations naturalistes, descriptions des Khoikhoi et des Xhosa, vie des colons hollandais et allemands, routes, paysages et ressources du pays. Il rapporte de cette expédition d’importantes collections zoologiques, parmi lesquelles des spécimens d’espèces aujourd’hui disparues.
La relation paraît d’abord en suédois en 1783, puis en allemand en 1784, en anglais en 1785 et enfin en français en 1787. Le Tourneur reprend dans sa traduction les divisions en chapitres et en sections de la version allemande. Le voyage avec Cook n’occupe qu’une partie relativement réduite du texte : l’essentiel est consacré au Cap et à l’intérieur de l’Afrique australe. La grande carte, publiée séparément dès 1779, compte elle-même parmi les jalons importants de la cartographie sud-africaine du XVIIIe siècle.
Le format in-4 donne à cette première traduction française une place particulière ; les deux formats devaient permettre aux possesseurs des Voyages de Cook d’y joindre Sparrman. Présenté ainsi, le livre rejoint naturellement les grandes relations de voyage du XVIIIe siècle, tout en restant d’abord l’un des témoignages majeurs sur l’Afrique australe.