
Édition rouennaise publiée par Jean-Baptiste Machuel le Jeune en 1715 pour les tomes I, III, IV et V. Le tome II, intitulé Suite du voyage autour du monde, avec un traité des vents qui regnent dans toute la zone torride, provient de l’édition d’Amsterdam donnée par la veuve de Paul Marret et porte la date de 1711. Titres imprimés en rouge et noir. L’ensemble est illustré de 66 planches et cartes hors texte, la plupart dépliantes : 3 frontispices, 39 planches et 24 cartes. On y trouve une mappemonde, des cartes d’îles et de côtes, des profils littoraux, des vues de ports et d’îles, des monuments, des scènes de bataille, un naufrage, ainsi que de nombreuses représentations de la faune et de la flore. Cf. Sabin, 18382 ; Borba de Moraes, I, 243-244 ; Leclerc, 416 ; Cordier, Bibl. Indosinica, 1459-1460 ; Boucher de La Richarderie, I, 121-122 ; Hoefer, XII, 881-885.
Reliures de l’époque en plein veau blond. Dos à cinq nerfs soulignés de filets dorés et ornés de caissons richement décorés, pièces de titre de maroquin rouge et pièces de tomaison de maroquin bronze ou marron. Roulettes dorées sur les coiffes, gardes et contreplats de papier peigné, filets dorés sur les coupes, tranches rouges. Quelques restaurations aux dos, qui présentent de légères différences d’ornementation, petites épidermures sur certains plats, deux coins émoussés. Bel ensemble.
William Dampier commence sa carrière parmi les flibustiers : à partir de 1679, il navigue sous les ordres de Bartholomew Sharp, John Cook, Edward Davis et Charles Swan, traverse l’isthme de Darién, passe par les Galápagos et gagne les Philippines avant d’être peu à peu reconnu comme explorateur. En janvier 1688, il aborde la côte nord-ouest de la Nouvelle-Hollande et compte parmi les premiers Anglais à avoir exploré et décrit une partie du continent australien. Il ne retrouvera l’Angleterre qu’en 1691.
Le succès de son New Voyage Round the World, publié à Londres en 1697, transforme ensuite le flibustier en explorateur reconnu. L’Amirauté lui confie le commandement du Roebuck pour une nouvelle campagne dans les mers du Sud ; il longe de nouveau l’Australie occidentale, gagne la Nouvelle-Guinée, reconnaît la Nouvelle-Bretagne comme distincte de celle-ci et découvre le passage qui porte aujourd’hui son nom, avant que le Roebuck ne sombre à l’île de l’Ascension. Quelques années plus tard, Dampier embarque à nouveau comme pilote dans l’expédition de Woodes Rogers, au cours de laquelle Alexandre Selkirk est retrouvé en 1709 à Juan Fernández.
Les cinq volumes ne se limitent pourtant pas à ses propres relations : au Nouveau voyage, à sa Suite accompagnée du traité des vents, marées et courants, au Supplément consacré notamment à Achin, au Tonkin et à la baie de Campêche, puis au Voyage aux Terres australes, s’ajoutent les récits de plusieurs compagnons ou contemporains de la même aventure maritime. Lionel Wafer, chirurgien de l’expédition, vécut parmi les Kunas du Darién ; Bartholomew Sharp commanda la campagne de la mer du Sud à laquelle Dampier prit part en 1680-1681 ; Ambrose Cowley dressa lors de la campagne de 1684 la première carte détaillée des Galápagos ; d’autres relations, comme celles de Wood et de Robert, prolongent encore cet ensemble.
Réunis ainsi en cinq volumes et accompagnés de 66 cartes et figures, ces récits forment bien davantage qu’une simple édition de Dampier : ils recomposent tout un monde de routes, d’escales, de combats et de découvertes, celui des flibustiers anglais devenus, presque malgré eux, parmi les meilleurs observateurs des mers du Sud.