
Édition nouvelle, publiée à Bruxelles en 1743 chez la veuve de François Foppens, divisée en quatre volumes et illustrée, dans cet exemplaire, de 144 figures dont 4 frontispices, la plupart sur planches dépliantes, gravées notamment par Jacques Harrewijn. Pages de titre imprimées en rouge et noir.
Reliure en plein veau blond moucheté et glacé de l’époque. Dos à nerfs ornés de fers d’hermine répétés, pièce de titre en maroquin rouge, pièce de tomaison en maroquin havane. Restaurations aux coiffes et mors des tomes I et II ; coiffe de tête du tome IV élimée ; coins émoussés et quelques traces de frottement. Ensemble néanmoins frais.
Une annotation manuscrite ancienne portée sur la page de titre du tome I attribue l’ouvrage « au chancelier J.-B. Chrystin ». Une autre singularité de l’exemplaire réside dans le décor héraldique des dos : les mouchetures d’hermine appartiennent au vocabulaire armorial employé par plusieurs membres de la maison de Rohan et invitent à rapprocher cette reliure de leurs bibliothèques.
Sous son titre remanié, cette Histoire générale des Pais-Bas poursuit l’entreprise des Délices des Pays-Bas, parues pour la première fois en 1697. L’attribution du texte demeure discutée : traditionnellement donné à Jean-Baptiste Christyn (1630-1690), baron de Meerbeek et chancelier de Brabant, l’ouvrage a également été attribué par certains bibliographes à son neveu et homonyme, lui aussi juriste au Conseil de Brabant. L’annotation portée sur cet exemplaire montre en tout cas que l’attribution au chancelier circulait anciennement.
L’édition de 1743 conserve l’ancienne géographie des XVII Provinces dans toute son ampleur, alors même que leur unité politique avait depuis longtemps disparu. Brabant, Flandre, Hainaut, Artois, Luxembourg, Hollande, Zélande, Utrecht, Frise ou encore Groningue y sont décrits comme les parties d’un même ensemble historique. Le livre déborde ainsi les frontières politiques de son temps pour restituer une carte mentale et territoriale héritée des anciens Pays-Bas.
L’illustration donne à cette ambition géographique une forme particulièrement spectaculaire. Vues de villes, plans fortifiés, abbayes, églises, châteaux et édifices civils composent un véritable répertoire topographique des régions décrites. Plusieurs planches portent la signature de Jacques Harrewijn (1660-1727), élève de Romeyn de Hooghe et l’un des graveurs les plus actifs dans la représentation des villes et monuments des Pays-Bas méridionaux.
Le caractère cumulatif de l’ouvrage lui confère en outre une véritable valeur rétrospective. Certaines descriptions conservent la mémoire de sites ou d’édifices disparus depuis longtemps au moment de l’édition ; ainsi Thérouanne, entièrement détruite sur ordre de Charles Quint en 1553, continue d’y apparaître à travers une tradition textuelle héritée des états antérieurs de l’ouvrage.
De Bruxelles aux provinces septentrionales, cette édition ne se contente donc pas de décrire les Pays-Bas du XVIIIe siècle ; elle rassemble, dans une même construction de texte et d’images, la mémoire d’un espace anciennement uni puis morcelé par l’histoire. Ses 144 figures donnent ainsi une forme visuelle particulièrement dense à la survivance éditoriale des XVII Provinces.