
Trois volumes in-4 en reliures uniformes de l'époque, en plein maroquin vieux rouge. Dos à nerfs richement ornés de fleurons et de fers dorés, plats décorés à la Du Seuil d'un double encadrement, avec fleurons dorés aux écoinçons du panneau central, roulettes dorées sur les coupes, riche dentelle intérieure, tranches dorées.
Frottements aux reliures, coins légèrement repliés. Petit fragment de cuir manquant en tête du volume contenant le Nouveau Testament ; manque en queue du mors inférieur du premier tome. La première garde du tome I se détache. Les six premiers feuillets du Nouveau Testament présentent, dans les marges et près du pli intérieur, des brunissures provenant d'une ancienne mouillure, qui s'atténuent progressivement. Traces de mouillure sur les deux derniers feuillets du tome I.
Édition protestante de la Bible de Genève publiée sous l'adresse de Charenton et vendue par Antoine Cellier, libraire établi à Paris. L'ensemble présente la composition caractéristique des grandes Bibles composites proposées par son officine : le titre général et celui du second tome sont datés de 1675, tandis que le Nouveau Testament possède une page de titre particulière datée de 1674. Cette réunion de parties portant des millésimes différents témoigne de leur assemblage au sein d'un même ensemble éditorial, sans permettre de déterminer avec certitude la chronologie exacte de leur impression. Une Bible de Cellier en trois tomes, datée 1675-1674 et au format in-4, est bien répertoriée dans la bibliographie de sa production.
L'exemplaire réunit l'Ancien et le Nouveau Testament, les Livres apocryphes, les Pseaumes de David mis en rime françoise par Clément Marot et Théodore de Bèze, accompagnés de nombreuses portées musicales, ainsi que l'Histoire de la sainte Écriture du Vieil et du Nouveau Testament en forme de catéchisme, traduite de l'anglais d'Eusebius Pagit et suivie de l'Abrégé de la chronologie sainte. Cette dernière partie, également publiée par Cellier en 1675, forme un ouvrage autonome doté de sa propre page de titre.
Le troisième volume rassemble encore la Forme des prières ecclésiastiques et plusieurs textes fondamentaux du culte réformé : Du baptême, De la Cène, Des articles de la foi, Des dix commandements, Des sacrements et la Confession de foi. L'ensemble dépasse ainsi la seule lecture biblique. Il forme une véritable bibliothèque domestique de la foi réformée, destinée à accompagner le fidèle dans la prière, le chant, le catéchisme, la préparation aux sacrements et l'apprentissage de la doctrine.
Quatre pages de titre structurent cette abondante réunion, ornées de trois vignettes distinctes. Le titre général du premier tome et celui du Nouveau Testament portent la même marque, représentant un atelier d'imprimerie encadré de deux figures. La vignette du second tome adopte une composition différente et plus développée. Celle du Psautier figure le tétragramme divin au milieu d'une gloire peuplée d'anges. De nombreux ornements typographiques prolongent dans le texte cette diversité décorative.
Deux provenances manuscrites anciennes subsistent. Le nom « Wilhelmine de Wrede » apparaît sur une garde et sur la page de titre du Nouveau Testament. Le titre du second tome porte les inscriptions « de Beaulieu » et « Fr. de Beaulieu Marconnay », cette dernière datée de 1751. Le nom évoque la famille protestante de Beaulieu-Marconnay, réfugiée dans les pays allemands après la Révocation, mais aucun élément ne permet encore d'identifier avec certitude le possesseur de cet exemplaire.
La Bible de Genève était alors le fruit de plus d'un siècle de traductions et de révisions. Issue de la Bible française établie par Olivétan à partir des textes hébreu et grec, elle avait été successivement corrigée par plusieurs générations de pasteurs et de philologues. Théodore de Bèze dirigea l'une de ses grandes révisions, publiée en 1588, mais le texte diffusé sous son nom demeure l'aboutissement d'une tradition collective plutôt que l'oeuvre d'un traducteur unique.
À cette lecture de l'Écriture s'ajoutait le chant. Le Psautier complet de 1562 réunissait quarante-neuf psaumes mis en vers par Clément Marot et cent un par Théodore de Bèze. Ses mélodies furent élaborées et remaniées par les chantres successifs de Genève, au premier rang desquels Loys Bourgeois, qui reprit également certaines compositions de Guillaume Franc. Par leur simplicité mélodique et leur impression répétée aux côtés de la Bible, ces psaumes devinrent l'une des formes les plus immédiatement reconnaissables de la pratique religieuse huguenote, au temple comme au foyer.
Le lieu de diffusion inscrit sur les titres donne à cet ensemble une portée particulière. L'édit de Nantes excluait le culte réformé de Paris et le rejetait à cinq lieues de la capitale. Un premier temple fut néanmoins construit à Charenton en 1607 pour accueillir les protestants parisiens. Après sa destruction en 1621, Salomon de Brosse conçut un nouvel édifice, achevé en 1623, dont les dimensions répondaient à l'affluence considérable des fidèles.
Autour de ce temple s'était développé un véritable foyer du livre protestant. Les libraires parisiens y tenaient des boutiques ou des comptoirs destinés à la vente des Bibles, psautiers, sermons et ouvrages de controverse qu'ils ne pouvaient diffuser aussi librement dans la capitale. Les boutiques de bois installées dans la cour brûlèrent en juin 1671, le feu endommageant également le temple. Antoine Cellier comptait parmi les principaux libraires protestants associés à Charenton, et les ouvrages religieux occupaient une place dominante dans sa production.
Cette édition de 1674-1675 appartient aux dernières années de cet équilibre déjà menacé. Dix ans plus tard, l'édit de Fontainebleau révoqua l'édit de Nantes. Le temple de Charenton fut aussitôt méthodiquement démoli, et le principal centre du culte réformé aux portes de Paris disparut avec le réseau de libraires, de pasteurs et de fidèles qui s'était organisé autour de lui.
Bel et ample ensemble en maroquin rouge de l'époque, réunissant dans une même reliure la Bible, les Apocryphes, le Psautier noté, le catéchisme de Pagit et les principaux textes liturgiques de la Réforme. Par sa composition, ses millésimes décalés et ses anciennes marques de possession, il conserve la mémoire matérielle du livre protestant français au moment où Charenton vivait les dernières années de sa fragile liberté.