
Nouvelle édition des Entretiens de Phocion, imprimée par Didot le jeune en l’an III [1795], sur papier vélin au format grand in-4. Elle est illustrée de deux figures hors texte d’après Jean-Michel Moreau le Jeune, gravées à l’eau-forte par Giraud et terminées l’une par Dambrun, l’autre par Dupréel. Le texte est suivi des Remarques de Mably et accompagné de la Vie de Phocion de Plutarque dans la traduction d’Amyot.
Exemplaire au chiffre couronné de Louis-Philippe. Reliure postérieure, exécutée sous la monarchie de Juillet, en plein maroquin rouge à long grain, attribuable à l’atelier Simier. Dos lisse orné de deux grands fers rocaille disposés en long, pièce de titre de maroquin noir. Plats frappés au centre du chiffre LP en lettres gothiques, sommé de la couronne royale fermée et entouré d’une couronne de laurier et de chêne nouée d’un ruban, dans une grande composition ornementale rocaille ; fers aux écoinçons et jeux de filets entrelacés. Tranches dorées, riche frise intérieure, gardes de soie moirée bleutée. Coiffes de tête et de queue en partie râpées, frottements, un coin émoussé, rousseurs éparses.
Publiée en l’an III avec deux compositions de Moreau le Jeune, l’édition change complètement de statut quelques décennies plus tard : le volume entre dans la bibliothèque de Louis-Philippe et reçoit une reliure de maroquin rouge à son chiffre couronné.
Les Entretiens de Phocion avaient paru pour la première fois à Amsterdam en 1763. Mably y feint de traduire un texte grec attribué à Nicoclès, dans lequel le vieux stratège athénien Phocion s’entretient avec le jeune Aristias. L’épigraphe d’Horace, « Quid leges sine moribus vanae proficiunt ? », donne le ton : sans les mœurs, les lois ne suffisent pas. À travers le décor antique, Mably défend une politique fondée sur la vertu civique, critique le luxe et l’inégalité des fortunes, et oppose volontiers l’exemple de Sparte aux sociétés de cour de son temps.
En 1795, Didot donne à Mably le luxe du vélin et des figures de Moreau le Jeune. Quelques décennies plus tard, le même volume change complètement de visage : maroquin rouge, chiffre couronné de Louis-Philippe, ors et soie moirée.
Relié pour Louis-Philippe, ce traité de vertu civique prend ainsi une portée inattendue : le texte par lequel Mably opposait les mœurs aux lois et la vertu au luxe entre finalement dans la bibliothèque d’un roi.