
Édition originale de ce traité majeur d’Étienne Bourdet, publiée à Paris en 1757 en deux volumes, onze ans après la seconde édition du Chirurgien Dentiste de Pierre Fauchard. L’ouvrage est illustré de 13 planches gravées dépliantes représentant instruments, appareils et procédés de l’art dentaire.
Reliures de l’époque en plein veau fauve marbré. Dos à cinq nerfs soulignés de liserés dorés et ornés de caissons à fleurons dorés ; pièces de titre de veau bronze, pièces de tomaison en partie effacées ; roulettes dorées aux coiffes, filet à froid encadrant les plats, filets dorés sur les coupes, tranches marbrées. Quelques coins émoussés et petites rousseurs sans gravité.
Exemplaire de J. Pilane, docteur en médecine à Dijon, avec ses ex-libris manuscrits sur les faux-titres.
Dès l'avertissement du livre, Bourdet reconnaît ce qu’il doit à Fauchard, tout en indiquant avec une franchise remarquable la distance qu’il entend prendre avec son maître : « M. Fauchard (…) a été mon guide, & quand j'ai pu marcher sans guide, j'ai appris à respecter mes maîtres, à les abandonner quelquefois, & à ne diminuer jamais en rien l'estime qui leur est due. » La formule résume assez exactement la place qu’occupe son traité dans l’histoire de la dentisterie française : celui d’un héritier qui reprend les acquis de Fauchard, mais les confronte à sa propre pratique, et n’hésite pas à s’en écarter lorsque l’expérience le lui commande.
Ses recherches portent ainsi aussi bien sur les maladies des dents et des gencives que sur leur remplacement et leur redressement. Dans le domaine prothétique, Bourdet perfectionne plusieurs appareils ; il décrit également, pour certaines affections gingivales sévères, l’ablation ou la cautérisation de tissus excédentaires, procédé dans lequel les historiens de la discipline ont reconnu une forme ancienne de gingivectomie. Il intervient encore sur les problèmes d’encombrement dentaire et recommande, dans certains cas, l’extraction raisonnée de prémolaires afin de rétablir l’alignement des dents antérieures.
Le livre précède de peu l’ascension de Bourdet à la Cour. Dentiste de la Reine en 1759, puis attaché à la Cour l’année suivante, il reçoit après la mort de Mouton la charge d’opérateur pour les dents de Louis XV et devient officiellement dentiste du Roi en 1767, année où il est également anobli. Son succès professionnel devait être assez considérable pour que la survivance de sa charge soit cédée en 1783 pour 120 000 livres.
Onze ans après Fauchard, Bourdet ne cherche donc pas à effacer le maître dont il revendique l’héritage. Il avance à partir de lui, corrige, ajoute, tente d’autres voies. Son propre avertissement le disait mieux que toute postérité : il avait appris à marcher sans guide.