
Édition originale collective complète, publiée à Paris en 1781 en douze volumes. Elle réunit pour la première fois dans un même ensemble le théâtre, les romans, les écrits périodiques et plusieurs textes de prose jusque-là dispersés. Portrait de Marivaux en frontispice, peint par Pougin de Saint-Aubin, dans un encadrement dessiné par Clément-Pierre Marillier et gravé par François-Robert Ingouf, dit Ingouf le Jeune.
Reliures uniformes de l’époque en plein veau blond marbré. Dos à nerfs ornés de caissons décorés et de roulettes en queue ; pièces de titre et de tomaison en maroquin fauve ; triple filet d’encadrement sur les plats. Quelques restaurations et défauts localisés aux coiffes et mors, frottements et rares coins émoussés ; au tome I, la serpente du portrait a provoqué une brunissure sur la page de titre en regard et le feuillet suivant. Malgré ces marques d’usage, l’ensemble demeure harmonieux, le papier relativement frais, avec seulement quelques cahiers plus jaunis.
Jusqu’alors, les éditions collectives avaient surtout consacré le dramaturge ; en 1781, les douze volumes restituent enfin l’écrivain dans toute son étendue, en réunissant au théâtre les romans, les écrits périodiques et les textes de prose demeurés jusque-là dispersés. Aux trente-deux pièces viennent ainsi se joindre Les Effets surprenants de la sympathie, Le Spectateur françois, L’Indigent philosophe, Le Cabinet du philosophe, Homère travesti, Le Don Quichotte moderne, L’Éducation d’un prince, Le Miroir, La Voiture embourbée ou encore Le Télémaque travesti ; derrière l’auteur des comédies de sentiment réapparaissent alors le romancier, le moraliste et l’observateur des usages et des vanités.
Parue dix-huit ans après la mort de Marivaux, cette collective accompagne aussi sa première véritable installation parmi les classiques du siècle. Le portrait-frontispice ne vient plus seulement donner un visage à l’auteur des pièces les plus célèbres, et ouvre désormais sur une œuvre rassemblée, ordonnée, et diverse. Tchemerzine souligne d’ailleurs que l’édition Duviquet de 1825-1830 ne devait pas reprendre l’intégralité du contenu de celle-ci.
À la fin du XVIIIe siècle, alors que le nom de Marivaux commence déjà à se fixer autour de son théâtre et de ce « marivaudage » qui finira par résumer abusivement son héritage, ces douze volumes conservent une image beaucoup plus ample de l’écrivain : celle d’un auteur de scène, certes, mais aussi de fiction, de prose morale et d’observation sociale, dont l’œuvre ne se laisse pas réduire à ses seules comédies.