
Bell's Edition. The Poets of Great Britain Complete from Chaucer to Churchill, Édimbourg, Apollo Press, chez les Martins, et Londres, Apollo Press, chez George Cawthorn, 1782-1804, in-18 (8,5 x 13,5 cm).
Importante réunion de volumes issus de la célèbre collection de John Bell, uniformément reliés à l’époque : 34 volumes physiques, numérotés de 1 à 35 avec manque du volume 8, qui contenait les tomes 5 et 6 des œuvres poétiques d’Edmund Spenser. L’ensemble comprend ainsi 97 tomes effectivement présents sur les 99 qu’aurait comptés cette réunion complète dans sa configuration actuelle.
Il rassemble trente-neuf poètes britanniques, de Chaucer à Charles Churchill, auxquels s’ajoute la traduction collective des Métamorphoses d’Ovide dirigée par Sir Samuel Garth, avec Dryden, Addison, Congreve, Pope, Gay et d’autres « eminent hands ». Les différents volumes proviennent de tirages échelonnés sur plus de vingt ans : certains appartiennent aux campagnes de l’Apollo Press d’Édimbourg, d’autres à des réimpressions ou nouvelles émissions londoniennes plus tardives sous George Cawthorn.
Reliure anglaise uniforme en pleine basane blonde de l’époque. Dos lisses ornés de fers dorés répétés, dont un petit personnage agenouillé en tête de chaque dos, encadré de multiples roulettes ; pièces de titre en maroquin vert. Papier dans l’ensemble propre, avec quelques feuillets brunis et rousseurs, notamment sur certaines gravures. Plusieurs coiffes et mors présentent des usures ou fentes localisées, détaillées ci-dessous.
Détail de l’ensemble :
Lancée en 1777, Bell’s Poets constitue l’une des entreprises éditoriales les plus ambitieuses de John Bell. Loin de suivre l’édition des poètes confiée à Samuel Johnson, elle la précède : Bell entend alors défier le puissant consortium des grands libraires londoniens, le « Trade », en proposant une vaste bibliothèque de la poésie britannique dans un petit format élégant, illustré et vendu à un prix volontairement accessible. La riposte du cartel devait donner naissance, à partir de 1779, à la collection concurrente communément désignée sous le nom de Johnson’s Poets, pour laquelle Johnson composa ses célèbres vies des poètes.
Cette offensive éditoriale se heurta néanmoins aux droits exclusifs encore détenus sur certains auteurs. Young, Mallet, Akenside et Gray ne purent ainsi être intégrés à la première campagne de publication. Leur apparition ultérieure témoigne des ajustements successifs d’une collection qui, loin de demeurer figée dans sa forme initiale, continua d’être complétée, remise sous presse et remise en circulation pendant plus de deux décennies.
Le présent ensemble en offre une illustration particulièrement nette. Au Chaucer de 1782 et aux autres volumes imprimés à Édimbourg chez les Martins pour l’Apollo Press succèdent des impressions londoniennes plus tardives sous George Cawthorn, tout en conservant parfois le matériel gravé de la première période. Le Donne de 1799-1800 en fournit un exemple révélateur : certaines de ses planches portent encore les dates 1778-1779 de l’ancienne édition Bell. Sous une même reliure, deux générations matérielles de la collection se trouvent ainsi réunies.
Le Chaucer de 1782 manifeste de son côté l’ambition philologique de l’entreprise. Pour les pièces diverses, il reprend le texte de l’édition Urry de 1721 ; pour les Canterbury Tales, celui de Thomas Tyrwhitt, publié en 1775 et fondé sur une collation beaucoup plus méthodique des manuscrits. Bell associe ainsi la vocation populaire du petit format à l’autorité des meilleures éditions alors disponibles.
Constitué à partir de tirages datés de 1782 à 1804 puis uniformément relié, cet ensemble ne donne donc pas seulement à lire une vaste anthologie de la poésie britannique ; il conserve dans sa matérialité même plus de vingt ans de vie éditoriale de la collection Bell, depuis les presses des Martins à Édimbourg jusqu’aux réimpressions londoniennes de Cawthorn, tandis que le remploi de cuivres plus anciens fait encore affleurer la première campagne de l’entreprise lancée en 1777.