
Édition originale de cet important ouvrage de Pierre Louvet consacré à l’histoire de la Provence, publié à Aix en 1676 en deux volumes. Il constitue le premier volet des trois grands travaux que l’auteur devait consacrer à la province, avant L’Histoire des troubles de Provence en 1679 et les Additions et illustrations sur les deux tomes de l’Histoire des troubles de Provence en 1680, ces deux derniers ouvrages publiés à Aix chez Charles David.
L’exemplaire est illustré d’un frontispice armorié et de 27 portraits gravés. La composition iconographique varie sensiblement selon les exemplaires conservés : certains n’en possèdent que 22, 25 ou 26, et plusieurs comprennent en outre un portrait de l’auteur. Une des figures porte explicitement la signature « M. Frosne fecit », les suivantes les initiales « MF », permettant d’attribuer une part importante de cette suite au graveur parisien Jean Frosne.
Reliures de l’époque en plein maroquin rouge, dos à nerfs richement ornés, plats à décor à la Du Seuil avec rectangle central à triple filet, fers dans les écoinçons et triple filet d’encadrement, toutes tranches dorées. Un manque en tête sur les deux volumes et quatre coins légèrement émoussés. Les cinq derniers feuillets du tome I portent des traces de mouillure et d’humidité, de même que les pages 523 à 556 du tome II ; les deux derniers feuillets de ce second volume ont été doublés de papier Japon, avec de petits manques de lettres. Les traces d’humidité ont été stabilisées et les deux derniers feuillets de garde renouvelés dans chaque volume sur papier Japon.
Les deux pages de titre portent une ancienne inscription manuscrite de possession au prénom « Maria », accompagnée d’autres mentions aujourd’hui partiellement illisibles.
Docteur en médecine, Pierre Louvet (1617-1684) orienta progressivement son activité vers l’enseignement, les archives et l’histoire locale. Sa carrière le mena successivement en Languedoc, en Guyenne, dans le Beaujolais et en Dombes avant de le ramener vers la Provence, où il entretint des liens particulièrement étroits avec Sisteron. De la Grande Mademoiselle, Anne Marie Louise d’Orléans, il reçut le titre de conseiller et historiographe de la souveraineté de Dombes, dignité qu’il fait figurer en toutes lettres sur les pages de titre du présent ouvrage.
Dans sa préface, Louvet revendique explicitement la forme de l’abrégé. Il invoque à l’appui de cette méthode l’exemple de savants tels qu’Henri de Sponde et le jésuite Jacques Salian, qui avaient eux-mêmes condensé de vastes entreprises historiques. Il inscrit ainsi son travail dans une tradition de synthèse savante, conçue non comme un appauvrissement mais comme un moyen de rendre plus maniable une matière historique considérable.
Cette ambition se lit aussi dans le dialogue qu’il entretient avec les historiens de Provence qui l’ont précédé, notamment César de Nostredame, Antoine de Ruffi et Honoré Bouche. Louvet ne cherche pas tant à effacer leurs travaux qu’à les reprendre, les ordonner et les mettre à la disposition d’un lectorat plus large dans une construction continue.
Les deux volumes obéissent à une architecture nette ; le premier retrace l’histoire politique et comtale de la Provence, depuis les dominations anciennes jusqu’aux grandes familles et aux principales villes de la province. Le second est entièrement consacré à « l’état ecclésiastique du Païs » : archevêchés, évêchés, maisons religieuses et traditions sacrées y occupent une place centrale, à commencer par la légende de saint Maximin et des premiers évangélisateurs de la Provence.
Le programme iconographique accompagne directement cette double histoire. Le frontispice réunit les armes des grandes maisons comtales, tandis que les 27 portraits donnent un visage à la succession des souverains et comtes de Provence. Texte, généalogie, mémoire dynastique et histoire religieuse composent ainsi les différents volets d’un même projet de synthèse provinciale.
Premier volet d’un ensemble que Louvet devait poursuivre jusqu’en 1680, cet Abrégé condense dans une même construction la mémoire politique et ecclésiastique de la Provence ; la richesse iconographique de cet exemplaire et son remarquable maroquin rouge contemporain donnent à cette ambition historique une forme bibliophilique particulièrement accomplie.