
Édition originale, Un des 10 exemplaires de tête sur vélin de Lana (lettré G, autour de laquelle Genet a signé à la plume bleue), signés par Genet à la justification, tirage de tête après un exemplaire unique. Bien complet du feuillet volant comportant la note "Une brusque lassitude...". Est jointe une lettre autographe signée de Jean Genet, écrite à l'encre noire sur une page d'un feuillet perforé, présentant des traces usuelles de plis dûs à l'envoi, et publiée dans Edmund White, Jean Genet, p. 260-261.
Illustrée de 29 compositions érotiques de Jean Cocteau tirées en lithographie, un dessin original de Cocteau à la mine de plomb et une suite des illustrations présentant quelques rousseurs sur certaines planches.
Exemplaire en feuilles, sous couverture et chemise à lacet de l'éditeur, un mors habilement restauré, emboîtage de bois clair, dos carré à coulisse comportant le titre et l'auteur gravés en rouge.
Un des rarissimes exemplaires accompagnés d'une suite des illustrations sur chine fort et d'un dessin original de Cocteau (qui figure dans l'ouvrage p. 177) - les dessins originaux ne figurent que dans les 10 premiers exemplaires.
Enrichi d'une importante lettre autographe signée datant de fin mars 1944 écrite par Jean Genet à Maurice Toesca, grâce à qui il échappe aux camps de concentration
Maurice Toesca, hauts fonctionnaire à la préfecture de police mais aussi auteur prolifique de romans, de biographies et de critiques littéraires, avait rencontré Genet en 1944 par l'entremise de Cocteau pour aider à sa libération :
"Monsieur,
Même si Monsieur Jean Cocteau ne me l'avait pas dit, j'aurais compris ce qu'avait été votre part dans ma libération puisque vous êtes le représentant de la poésie à la Préfecture, aussi mes simples remerciements seraient bien fades à côté, enfin en échange du merveilleux cadeau que vous m'avez fait. Je suis tout triste de n'avoir pas à vous donner, justement à vous, un poème, mais au moins mon cœur est plein de bons sentiments pour vous. Ne riez pas, Monsieur Toesca, si vous m'entendez vous parler d'amitié, c'est encore ce que je peux offrir de mieux. Je vous prie d'accepter la mienne.
Est-il besoin que je vous redise que j'étais désespéré, au fond d'une nuit d'où je n'espérais plus remonter, mais vraiment [sic] la nuit, puisque j'ai songé à risquer le tout pour le tout dans une évasion où l'issue la plus certaine était encore la mort gardes étaient drôlement armés! Je vous dis cela tout de même afin que vous sachiez mon bonheur. Quand l'inspecteur est venu m'annoncer ma libération !
Monsieur Dubois a été très chic, je serais content qu'il sache par vous que [je] lui garde une part entière de gratitude. Enfin ma joie est telle que je voudrais embrasser tout le monde de vous avoir aidé.
Monsieur Toesca, c'est un vieux truand plein de reconnaissance qui ose vous serrer la main."
Querelle de Brest paraît sous le manteau chez Paul Morihien, secrétaire de Jean Cocteau qui pour sa part, est responsable des magistrales et sensuelles illustrations de l'ouvrage (sans les signer). Une partie des cinq cent vingt-quatre exemplaires tirés sera saisie par la police, l'année suivante, lors d'une perquisition à la librairie que tenait Paul Morihien à deux pas de l'appartement de Cocteau, au Palais-Royal. Après les déboires de Genet pendant la guerre, Cocteau aidera de nouveau Genet, cette fois-ci pour lui éviter la prison à perpétuité : condamné pour à la troisième fois, il risquait la relégation au bagne, mais obtint la grâce Présidentielle grâce à l’intervention de Cocteau et Sartre. Querelle de Brest, sera adapté au cinéma en 1982 par Rainer W. Fassbinder.
Superbe exemplaire de ce chef-d'oeuvre, véritable pilier de la culture littéraire homosexuelle et queer, où les bas fonds interlopes frôlent l’extase quasi-métaphysique.