
Édition illustrée de Sapho. Mœurs parisiennes publiée à Paris en 1925 par la Librairie des Amateurs, A. Ferroud - F. Ferroud, successeur. Un des 25 exemplaires numérotés sur Grand Japon, premier papier et tirage de tête. Le justificatif réserve à ces vingt-cinq exemplaires les différents états des illustrations, dont un avec quelques teintes et un en noir, ainsi qu'une grande aquarelle originale d'Auguste Leroux, ici signée. Le tirage se poursuit par 175 exemplaires sur Japon impérial, puis 1 000 sur vélin d'Arches ; 25 exemplaires sur grand vélin de Hollande, numérotés en chiffres romains, complètent les 1 225 exemplaires de l'édition.
L'ouvrage est orné d'un portrait d'Alphonse Daudet en frontispice, dessiné par Auguste Leroux et gravé à l'eau-forte par Eugène Decisy, et de 46 compositions distinctes dessinées par Leroux et Henri Bouché-Leclercq et mises en couleurs au pochoir : une vignette de titre répétée au faux titre, 15 hors-texte, 15 en-têtes et 15 culs-de-lampe. Les différents états ont été reliés à la suite du texte. Certains catalogues donnent un décompte supérieur en comptabilisant autrement les illustrations, mais la collation de 46 compositions est également celle retenue par ALDE.
Reliure de l'époque en plein maroquin bleu marine signée René Kieffer sur la doublure. Dos à cinq nerfs orné de roulettes, de pointillés et d'un large fer octogonal à l'antique répété deux fois ; large fer octogonal à motif floral au centre des plats, accompagné en écoinçons de fers pentagonaux de même inspiration. Doublures de maroquin bleu marine encadrées de pointillés et de fers octogonaux dorés, gardes de papier marbré à la cuve, couvertures et dos d'origine conservés, filet à froid sur les coupes, coiffes guillochées, tête dorée sur témoins.
Cinq feuillets, parmi lesquels le second plat de la couverture d'origine, ont été découpés dans leur angle supérieur, vraisemblablement pour faciliter la consultation des suites. Bel exemplaire.
Le choix de Kieffer n'est pas indifférent à la date du livre. Formé à l'École Estienne, d'abord doreur, puis relieur et éditeur, il appartient précisément à la génération qui renouvela le décor de la reliure française au début du XXe siècle. Dans les années 1920, son vocabulaire s'éloigne progressivement des ornements floraux hérités de Marius Michel pour adopter des formes plus géométriques, particulièrement visibles ici dans le jeu des fers octogonaux et pentagonaux. Il défendait lui-même l'idée d'un décor conçu pour le texte qu'il devait habiller plutôt que d'un répertoire indifféremment appliqué à tous les livres.
Cette reliure enveloppe une édition qui répond à une autre conception, également très caractéristique de la bibliophilie de l'entre-deux-guerres : le livre d'illustrateur, imprimé sur beaux papiers, multipliant les états et réservant aux premiers exemplaires des éléments qui ne peuvent appartenir qu'à eux. Ferroud avait fait de ce type d'édition l'une des spécialités de la Librairie des Amateurs, fondée par André Ferroud en 1878 et reprise en 1903 par son neveu François, dont le nom apparaît encore au titre sous la raison « A. Ferroud - F. Ferroud, successeur ».
Le roman, lui, avait déjà quarante ans. Publié pour la première fois chez Charpentier en 1884, Sapho appartient à la veine parisienne de Daudet et transpose une part de sa liaison de jeunesse avec Marie Rieu dans l'histoire de Jean Gaussin et de Fanny Legrand. La dédicace, « À mes fils, quand ils auront vingt ans », ne cache guère l'intention morale donnée par l'écrivain à cette matière très personnelle : raconter à ses fils, sous la forme d'un roman, les séductions et les blessures d'une jeunesse qu'il avait lui-même connue.
Quarante ans plus tard, Leroux et Bouché-Leclercq donnent des images à ce Paris devenu celui de la génération précédente. Leroux, premier grand prix de Rome en 1894 et pensionnaire de la Villa Médicis de 1895 à 1898, avait alors depuis longtemps partagé sa carrière entre peinture et illustration ; Bouché-Leclercq, lui aussi peintre, devait également exercer les fonctions de conservateur au musée Jacquemart-André. Leur collaboration ne se contente pas des quinze grandes compositions hors texte : les en-têtes, culs-de-lampe et vignette de titre prolongent l'illustration dans le rythme même du volume.
Dans les exemplaires ordinaires, ces compositions demeurent naturellement des images reproduites. Ici, les suites permettent d'en suivre les différents états, tandis que la grande aquarelle signée de Leroux ramène au livre le dessin original dont toute l'édition procède.
Bel exemplaire de ce tirage de tête limité à 25 exemplaires sur Grand Japon, réunissant les différents états des illustrations, une grande aquarelle originale signée d’Auguste Leroux et une élégante reliure contemporaine de René Kieffer, avec les couvertures d’origine conservées.