
Nouvelle édition illustrée de Vingt mille lieues sous les mers, ornée de 111 dessins d’Alphonse de Neuville et Édouard Riou, gravés par Hildibrand. Elle comprend quatre planches hors texte en chromolithographie, dont deux ne conservent que des traces de polychromie ; les exemplaires comportant six planches entièrement en couleurs sont plus tardifs. Titre à l’adresse de la Collection Hetzel, 18 rue Jacob, portant la mention « Ouvrage couronné par l’Académie française ».
Cartonnage polychrome d’éditeur « à un éléphant, titre dans l’éventail », signé Engel en bas de la plaque ; dos au phare signé M. Engel en queue, second plat de type « i » selon Jauzac, gardes bleues, tranches dorées. Très belle plaque supérieure, malgré une zone grattée sur deux lettres du mot « Voyages » et une autre sur la vignette à droite de l’éléphant ; plat inférieur presque sans défaut, percaline luisante et propre. Dos lumineux et net, aux ors bien marqués ; coiffes affaissées. Coins pointus, un coin inférieur très légèrement replié. Exemplaire très frais, exempt de rousseurs.
Une lettre de George Sand du 25 juillet 1865 anticipe remarquablement le projet que Verne développera dans Vingt mille lieues sous les mers. Après avoir lu Cinq semaines en ballon et Voyage au centre de la Terre, elle lui écrit : « J’espère que vous nous conduirez bientôt dans les profondeurs de la mer et que vous ferez voyager vos personnages dans ces appareils de plongeurs que votre science et votre imagination peuvent se permettre de perfectionner. » Verne mûrit ensuite longuement ce Voyage sous les eaux, premier titre envisagé pour le roman.
Nemo n’était pas encore, dans les premiers projets de Verne, le personnage mystérieux du roman. L’auteur voulait d’abord en faire un Polonais révolté contre l’oppression russe ; Hetzel s’y opposa, au grand regret de Verne, qui lui écrivait en 1867 : « je regrette mon Polonais ». Privé de cette identité politique explicite, Nemo devient dans le roman une figure volontairement mystérieuse, retirée des nations à bord du Nautilus.
De 1869 à 1871, Vingt mille lieues sous les mers passe du feuilleton aux deux volumes séparés, puis à la grande édition illustrée. L’année suivante, l’Académie française le couronne avec quatre autres titres de Verne : la mention imprimée sur ce retirage en garde encore le souvenir.
Vers 1905, plus de trente ans après sa première grande édition illustrée, Vingt mille lieues sous les mers reçoit encore chez Hetzel un nouveau cartonnage spectaculaire, gravé et exécuté par Engel. Le roman appartient ainsi aux quelques titres majeurs que la maison continue de rhabiller jusque dans ses dernières années.
Plus de trente ans après sa première grande édition illustrée, Vingt mille lieues sous les mers reçoit encore chez Hetzel un nouveau décor. Dans cet exemplaire particulièrement frais, le cartonnage à l’éléphant donne au roman une dernière grande mise en scène avant la fin de la maison Hetzel.