
Nouvelle édition, augmentée d'une étude introductive et de notes. Portrait gravé de William Shakespeare en frontispice.
Reliure en veau vert, encadrement doré et estampé à froid sur les plats, dos à cinq nerfs, ornements dorés sur les nerfs, caissons et fleurons dorés entre les nerfs, coupes dorées, décor estampé à froid en encadrement des contreplats, contreplats de papier coquillé, tranches coquillées. Reliure frottée et griffée, quelques épidermures, le dos et une partie du deuxième plats sont insolés.
Ex-libris manuscrit de la célèbre spirite Julie de Güldenstubbe sur une page de garde en début de volume.
Malgré l'implantation progressive de l'orthographe « Shakespeare », qui s'impose surtout après la publication des éditions de Cambridge et Globe dans les années 1860, la graphie « Shakspeare », apparue à la fin du XVIIIe siècle, restait encore courante au XIXe siècle, comme en témoigne cette édition de la maison écossaise Griffin and Company. L'ouvrage est organisé en trois sections - tragédies, comédies et pièces historiques -, chacune accompagnée d'un commentaire, le texte étant disposé en deux colonnes.
L'univers shakespearien, peuplé par les fantômes et traversé par la magie, trouve un écho dans l'imaginaire spirite du XIXe siècle. Le spectre du roi défunt qui ouvre Hamlet et somme son fils de le venger, celui de Banquo surgissant au banquet de Macbeth, ou encore l'ombre de César venant hanter Brutus avant la bataille de Philippes, offrent autant de figures d'apparitions qui n'ont pas dû manquer de retenir l'attention de la baronne de Güldenstubbe.
Le recueil provient de la bibliothèque de la baronne Julie de Güldenstubbe (1827-1888), bibliophile passionnée de sciences occultes et médium. Le nom de la baronne est devenu étroitement lié à une affaire mystique fortement médiatisée, lorsqu'elle témoigna d'un phénomène surnaturel qu'elle aurait observé dans sa jeunesse. Quand elle étudiait au pensionnat pour jeunes filles en Livonie (actuelle Lettonie), elle aurait vu, ainsi que ses condisciples, sa professeure de français Émilie Sagée se dédoubler, à la manière d'un doppelgänger. De temps en temps, les jeunes filles voyaient deux professeures identiques leur faire la leçon au tableau, mais l'épisode le plus étrange se produisit lorsque les quarante-deux élèves du pensionnat se trouvaient dans la salle de classe avec un autre professeur. Par les fenêtres, elles aperçurent Émilie Sagée cueillant des fleurs dans le jardin ; pendant que le professeur qui donnait cours s'absentait, le double d'Émilie entra dans la salle et s'assit dans le fauteuil. Entre-temps, la vraie Émilie continuait de cueillir les fleurs. Deux des filles les plus courageuses s'approchèrent alors du double et tentèrent de le toucher : la peau de la femme leur sembla étrangement molle, comme un tissu de mousseline. Dix-huit mois après l'arrivée de l'étrange professeure, seules douze des quarante-deux élèves étaient restées au pensionnat, les autres ayant été retirées par leurs parents inquiets. Émilie Sagée fut alors contrainte de quitter l'institution ; Julie de Güldenstubbe, qui se trouvait à ses côtés lorsqu'elle apprit son renvoi, l'entendit confier que c'était la dix-neuvième fois que cela lui arrivait.
Attirée par le spiritisme, la baronne de Güldenstubbe mena par la suite une importante activité de médium dans les années 1860 ; sa bibliothèque de livres rares lui valut également une réputation de bibliophile. Sa collection prestigieuse, proposée en vente par le libraire bâlois Adolphe Geering en 1890, attira d'autres bibliophiles du milieu spirite et occultiste parisien, dont Stanislas de Guaïta qui y fit des achats.
Recueil du théâtre classique anglais, provenant de la bibliothèque d'une personnalité active du milieu spirite parisien du Second Empire.