
Edition collective en partie originale de ce recueil de poèmes composé de sept livres : Les Joies de prison, Les Larmes des autres, Les Péchés du candidat, Pour les bébés, Au hasard du rêve, Les Loisirs de l'expulsé et Sonnets pour elle.
Demi chagrin rouge, plats de papier marbré, dos à cinq nerfs, titre et auteur dorés, contreplats de papier à la cuve, tranches mouchetées. Quelques légers frottements à la reliure, rousseurs aux feuillets.
Envoi autographe signé de Clovis Hugues, en vers, daté "89", à la journaliste féministe Marguerite Durand, désignée sous le nom de "Madame Laguerre" :
"Rien dans le beau n'est hasardeux ;
L'art sacré n'est point équivoque.
L'idéal nous a tous les deux :
Vous l'interprétez, je l'évoque."
La publication de ce recueil avait coïncidé avec la réélection du poète à la Chambre des députés en 1885, suivie de son adhésion au boulangisme, ce mouvement inconventionnel qui réunissait républicains, monarchistes et bonapartistes. C'est sans doute à ce moment qu'il se rapprocha du couple Laguerre qui en faisait également partie : l’avocat et député Georges Laguerre et Marguerite Durand, surnommée "la muse du boulangisme".
Pensionnaire de la Comédie-Française de 1881 à 1888, Marguerite Durand avait rencontré son futur mari au foyer du théâtre en février 1885, l’année même de la parution des Évocations, et était devenue sa maîtresse. Amie de nombreuses personnalités influentes, dramaturges, écrivains et hommes politiques, parmi lesquels Georges Clemenceau, elle contribua à l’ascension politique de son amant. Assistant à de nombreuses réunions de l’extrême gauche, elle devint une fine observatrice du monde politique et une figure influente de l’ombre. En 1888, elle épousa Georges Laguerre et quitta définitivement la scène pour se consacrer au journalisme et à son salon, qu’elle tint sous le nom de "Madame Laguerre", celui-là même sous lequel Clovis Hugues la désigne dans son envoi un an plus tard, en 1889. Dès ses années de théâtre, elle avait donné des articles au Gil Blas, avant d’écrire pour La Presse, le journal boulangiste de son mari. Séparée de Laguerre en 1891, elle entra au Figaro, où elle tint la rubrique "Courrier". Lorsque le journal lui réclama un article critique sur le Congrès féministe international, tenu en avril 1896 à l’hôtel des Sociétés savantes, elle refusa et résolut de fonder son propre journal. La Fronde, dont le premier numéro parut en décembre 1897, devint ainsi le premier quotidien français dirigé, administré, rédigé et composé par des femmes.
Si le boulangisme rapprocha Clovis Hugues et Marguerite Durand, l’année de cet envoi poétique marqua aussi le début de son déclin. Après le triomphe de son chef à l’élection partielle de Paris en janvier 1889, le mouvement s’effondra en quelques mois : malgré la pression de ses partisans, le général Georges Boulanger renonça à tenter un coup d’État, puis s’enfuit à Bruxelles.
Recueil de poèmes du député socialiste offert à "la muse du boulangisme", ancienne pensionnaire de la Comédie-Française, salonnière influente et future fondatrice de La Fronde.