
Edition originale sur papier courant.
Reliure à la bradel en demi chagrin marron chocolat, dos lisse, date dorée en queue, plats en plein cuir japonisant d'époque, gaufré et polychromé illustrés d'un décor floral rehaussé à l'or et en couleurs, gardes et contreplats de papier marbré, couvertures et dos restauré conservés, reliure moderne.
Précieux envoi autographe signé d'Emile Zola : "à Edmond de Goncourt son ami Emile Zola."
En dessous de l'envoi autographe, ex-dono manuscit d'Edmond de Goncourt en guise de présent : "Edmond de Goncourt à Pauline Zeller."
Goncourt eut le privilège d'entendre Zola parler à plusieurs reprises de sa redécouverte de la ville miraculeuse, qui inspirera ce fameux roman :
"il a été à Lourdes et (...) il a été frappé, stupéfié, par le spectacle de ce monde de croyants hallucinés et (...) il y aurait de belles choses à écrire sur ce renouveau de la foi, qui, pour lui, a amené le mysticisme, en littérature et ailleurs, de l’heure présente" (Journal des Goncourt, 16 mars 1892)
"Comme on parle à Zola, du livre, qu’il a annoncé être en train de faire sur Lourdes, il dit à peu près ceci : 'Je suis tombé à Lourdes, par une pluie, une pluie battante, et dans un hôtel où toutes les bonnes chambres étaient prises, alors il me venait le désir, en ma mauvaise humeur, d’en repartir le lendemain matin… Mais, je suis un moment sorti… et la vue de ces malades, de ces marmiteux, de ces enfants mourants apportés devant la statue, de ces gens aplatis à terre dans le prosternement de la prière… la vue de cette ville de foi, née de l’hallucination de cette petite fille de quatorze ans… la vue de cette cité mystique, en ce siècle de scepticisme… la vue de cette grotte, de ces défilés dans le paysage, de ces nuées de pèlerins de la Bretagne et de l’Anjou…'" (ibid., 26 juillet 1892).
Malgré les différends stylistiques qui les opposaient, Edmond a tout de même fait habiller le livre reçu de Zola d'une de ses fameuses reliures japonisantes - connues pour être très friables aux mors, celle-ci a ici été expertement renforcée par le demi-chagrin. Ces superbes cuirs gaufrés en kami-kawa, parfois appelé « cartonnages des Goncourt » car introduits par eux dans le monde des bibliophiles parisiens, sont aussi le résultat d'une fascinante et presque religieuse rencontre des Goncourt avec l'art japonais.
L'exemplaire fut plus tard offert par Edmond à celle qui avait failli devenir Madame Edmond de Goncourt : Pauline Zeller, cousine du comte Tolstoï, rencontrée dans le salon de la Princesse Mathilde. Intéressant parallèle que cette histoire de deux destins virginaux dans Lourdes (Pierre Froment et Elise Rouquet) avec celle de la jeune Pauline, dont Edmond obtiendra le journal intime, ainsi que le récit de son premier amour, pour écrire son ultime roman Chérie.