
Très rare édition originale, mention de deuxième édition.
Reliure à la bradel en demi percaline bleu gris, dos lisse orné d'un fleuron central doré, double filet doré en queue, pièce de titre manquante, plats de papier oeil-de-chat, couvertures comportant des manques angulaires et des décolorations conservées, coins légèrement émoussés, reliure de l'époque.
Rousseurs, premier plat de couverture et première garde malhabilement restaurés, petites déchirures restaurées sur les trois premiers feuillets.
Rare pensée manuscrite signée de Louise Michel : "... à de méchants amis que l'on aime quand même et toujours. LMichel." sur cet exemplaire ayant appartenu à son ami Odysse Barot, qui a laissé son ex-libris manuscrit sur la couverture rouge de l'ouvrage.
Favorable à la Commune de Paris, Odysse Barot était notamment rédacteur en chef de la La Marseillaise, du Fédéraliste (deux numéros parus, 21-22 mai 1871). Louise Michel lui consacrera un passage de sa Commune :
"Un duel à l’américaine entre le journaliste Odysse Barot et le financier Jecker fit, quelque temps après la guerre du Mexique, d’autant plus de bruit que Barot qui était considéré d’avance comme mort ayant reçu une balle en pleine poitrine, se trouva tout à coup mieux et enfin se rétablit tout à fait pour proclamer que les ennemis de l’Empire avaient la vie dure. On vit depuis des entreprises financières plus monstrueuses encore que celles de ce temps. En face des entraînements pour la guerre, il y avait des manifestations pour la paix, composées d’étudiants, d’internationaux, de révolutionnaires." (La Commune, Paris, P. V. Stock, p. 13).
C'est également sur le Dossier de Barot, qui attaque violemment les imperfections de la magistrature et plaide contre l’inamovibilité des magistrats, que Louise Michel s'appuie pour relater l'affreuse arrestation de sa grande amie, la communarde Marie Ferré. Lors de la répression de l’insurrection parisienne, les autorités perquisitionnèrent le domicile de Marie, alitée et gravement malade, veillée par sa mère :
"Je trouve, dans le Dossier de la magistrature d’Odysse Barot, la relation exacte de l’arrestation de Marie Ferré et je cite ces pages écrites sous l’émotion encore vive de l’horrible scène ; elles serviront de préface à sa mort.
Placée dans cette épouvantable alternative, ou d’envoyer son fils à la mort ou de tuer sa fille en la laissant emmener, affolée de douleur, en dépit des signes suppliants que lui adresse l’héroïque Marie, la malheureuse mère perd la tête, hésite !…[...] Mme Ferré s’affaisse sur elle-même ; une fièvre chaude se déclare, sa raison s’obscurcit ; des phrases incohérentes s’échappent de sa bouche. Les bourreaux prêtent l’oreille et guettent la moindre parole pouvant servir d’indice. Dans son délire, la malheureuse mère laisse échapper à plusieurs reprises, ces mots : Rue Saint-Sauveur. Hélas ! il n’en fallait pas davantage. Tandis que deux de ces hommes gardent à vue la maison Ferré, les autres courent en hâte achever leur œuvre. La rue SaintSauveur est cernée, fouillée. Théophile Ferré est arrêté… Quelques mois plus tard, il est fusillé." (Mémoires de Louise Michel écrits par elle-même, Paris, Roy, 1886, p. 429)
Odysse Barot tenta également d'apaiser les houleuses relations entre Louise Michel et son éditeur, alors qu'elle écrivait ses Mémoires : "Tout commence début 1885, quand Louise Michel, alors en prison, trouve un éditeur, Roy, grâce à son ami Odysse Barot, journaliste, critique et romancier. Barot est l’auteur, notamment, d’une littérature anglaise que Louise Michel pratique et apprécie. Il jouera les intermédiaires tout au long de ce
drame à trois." (Claude Rétat, "Louise Michel, comment on devient 'projectile' Claude Rétat", dans Louise Michel, Mémoires, Paris, Gallimard). Louise Michel adresse donc cet exemplaire à Barot en pleine guerre avec son éditeur, afin de protéger l'intégrité de l'histoire de sa vie.