
Paris, Louis Janet puis Madame Veuve Louis Janet, à partir de 1840 et années suivantes. 17 volumes in-8, 14,8 x 23,7 cm.
Réunion des dix volumes de la première série et des sept volumes de la seconde, correspondant à la collection complète telle qu’elle est décrite par Gumuchian. Les volumes sont reliés uniformément en pleine basane bordeaux de l’époque, dos lisses éclaircis ornés d’arabesques romantiques dorées, frises dorées en tête et en queue, doubles filets dorés encadrant les plats ornés de fleurons aux angles, gardes et contreplats de papier à la cuve, liserés dorés aux coupes. Quelques coins émoussés. Quelques rousseurs et auréoles éparses ; manques en pied de quelques pages du tome VI de la première série, sans atteinte au texte.
L’ensemble est illustré de 214 planches lithographiées en noir ou en deux tons, dessinées pour l’essentiel par Louis Lassalle avec le concours de l’atelier Cattier : 130 planches pour la première série, à raison de treize par volume, et 84 pour la seconde, soit douze par volume.
Aucune page de titre n’est millésimée, mais la succession éditoriale reste lisible à travers les adresses : les cinq premiers volumes de la première série paraissent sous le nom de Louis Janet, les suivants sous celui de sa veuve, qui poursuit la publication après sa disparition. Commencé autour de 1840, le périodique accompagne ainsi, dans sa matérialité même, le passage de l’une à l’autre génération de la maison Janet.
L’unité de cette vaste publication tient avant tout au travail de Louis Lassalle, pseudonyme de Louis Simon Cabaillot (1808-1885). Actif comme dessinateur et lithographe pendant plus de vingt-cinq ans, il consacra une part importante de sa carrière au livre illustré et à l’édition pour la jeunesse avant de se tourner plus largement vers la peinture de genre. Ses 214 planches assurent ici une continuité visuelle remarquable à travers une collection pourtant nourrie d’auteurs, de sujets et de registres très divers.
Le périodique fait en effet appel à de nombreuses signatures familières du marché éditorial destiné à l’enfance sous la monarchie de Juillet : J.-N. Bouilly, Charles et Fanny Richomme, Eugénie Foà, Léon Chrétien, Louis Guérin, Anna des Essarts, Gustave des Essards, Ernest Fouinet, Alfred Désessarts, Charles-Malo, Baptistin Poujoulat, Jacques Arago, Eugène Nyon, Léonide de Mirbel, Louise Leneveux ou Élise Voïart. À la narration morale ou familiale s’ajoutent l’histoire, les curiosités, les voyages et les descriptions de sociétés lointaines.
Le deuxième volume de la première série en fournit un bon exemple avec les « Mœurs des Turcomans » de Baptistin Poujoulat et « Deux esclaves d’Alger » de Victor Séguin. À travers de telles contributions, le périodique fait entrer dans la lecture enfantine l’imaginaire du voyage contemporain, auquel participe également Jacques Arago, voyageur et écrivain, frère de François Arago.
Le Dimanche des enfants appartient pleinement à l’essor de la presse pour la jeunesse des années 1830-1840, dans un paysage éditorial où coexistent Le Journal des enfants, Le Journal des jeunes personnes, Le Journal des demoiselles ou encore Le Magasin des demoiselles. La maison Janet, déjà très active dans les almanachs, les keepsakes et les livres illustrés, y développe une formule mêlant instruction, récit, divertissement et image, adaptée aux nouvelles habitudes de lecture familiale.
La bibliographie de la collection n’est pas entièrement dépourvue d’ambiguïté : si Gumuchian décrit comme complète la réunion de dix volumes pour la première série et de sept pour la seconde, un ancien catalogue de la Bibliothèque nationale signale une seconde série prolongée jusqu’au tome IX. La présente réunion correspond donc à la forme complète de la collection telle qu’elle est traditionnellement décrite dans la bibliographie spécialisée.
Par l’ampleur de son illustration et la continuité graphique assurée par Lassalle sur dix-sept volumes uniformément reliés, cet ensemble donne une image particulièrement cohérente de l’ambition éditoriale du livre romantique pour l’enfance : instruire, raconter et faire voyager par le texte autant que par l’image.