
Édition originale en volume de The Posthumous Papers of the Pickwick Club, publiée à Londres par Chapman and Hall en 1837, après la parution en livraisons mensuelles commencée en mars 1836. Premier roman de Charles Dickens, l’ouvrage est illustré de quarante-trois gravures, dont un frontispice et un titre-frontispice, par Robert Seymour, Robert William Buss et Hablot Knight Browne, dit Phiz. Le titre imprimé porte la date MDCCCXXXVII.
Reliure en plein veau brun de l’époque, dos à faux nerfs orné de filets gras dorés, de fers en long sur les nerfs et de vaguelettes à froid, pièce de titre de veau rouge portant Pickwick. Large frise d’encadrement à froid sur les plats, doublée d’une frise dorée. Traces de frottement, dos légèrement éclairci. Les planches présentent des brunissures et rousseurs, notamment sous forme d’encadrements brunis en marge, phénomène fréquent dans les exemplaires de l’édition originale.
L’exemplaire réunit plusieurs caractéristiques précoces particulièrement intéressantes. La page 9 conserve les cinq lignes de note en pied ; à la dernière ligne de la page 10, une petite marque apparaît entre le « r » et le « u » de « rum » ; à la page 341 figurent les formes fautives anciennes « inbe-licate » à la première ligne et « inscriptino » à la cinquième ; la page 342 porte encore « S. Veller » à la cinquième ligne ; enfin le « F » de l’en-tête de la page 432 est imparfaitement imprimé. Le titre-frontispice présente également « Veller » sur l’enseigne de l’auberge, caractéristique du premier état de cette gravure, avant la correction en « Weller ». À la page 260, en revanche, le texte porte déjà la forme corrigée « holding » et non l’état le plus ancien « hodling ».
Cette coexistence de formes primitives et corrigées est caractéristique de la complexe histoire matérielle de Pickwick. Les exemplaires en volume furent constitués à partir de feuilles et de planches imprimées au cours des vingt mois de publication en livraisons, tandis que le texte et les illustrations continuaient d’être corrigés. Il est donc plus exact de considérer le présent exemplaire comme un état mixte très précoce, réunissant de nombreux points anciens et plusieurs caractéristiques de premier état.
Pickwick Papers n’était pourtant pas destiné, à l’origine, à devenir un roman. Chapman and Hall avaient conçu le projet autour d’une suite de scènes sportives dessinées par Robert Seymour, auxquelles le jeune Dickens, âgé de vingt-quatre ans et encore connu sous le pseudonyme de Boz, devait fournir un texte d’accompagnement. La première livraison parut à la fin de mars 1836 ; Seymour se donna la mort le 20 avril suivant, après avoir réalisé les premières illustrations du projet.
Robert William Buss lui succéda brièvement, mais ses deux planches furent rapidement abandonnées. L’éditeur fit alors appel au jeune Hablot Knight Browne, qui adopta le pseudonyme de Phiz en écho au « Boz » de Dickens. Une collaboration de plus de vingt ans commençait ainsi, tandis que le centre de gravité du projet se déplaçait définitivement : le texte, d’abord conçu comme accompagnement des images, prit le dessus et Dickens imposa progressivement son rythme, ses personnages et son univers.
Le succès fut d’abord très modeste, avant de s’accélérer spectaculairement avec l’apparition de Sam Weller. Le tirage des livraisons augmenta jusqu’à approcher quarante mille exemplaires pour les derniers numéros, transformant en quelques mois le jeune journaliste en l’un des écrivains les plus populaires d’Angleterre. Pickwick consacra également le modèle de la publication mensuelle, auquel Dickens devait recourir pour une grande partie de ses romans ultérieurs.
La fortune éditoriale du livre fut telle que le bibliographe John C. Eckel pouvait encore écrire, près d’un siècle plus tard, que seuls Shakespeare, la Bible et peut-être le Book of Common Prayer avaient dépassé Pickwick Papers en diffusion.
Réunissant plusieurs des variantes les plus anciennes du texte et le premier état du titre-frontispice « Veller », cet exemplaire conserve ainsi les marques mêmes d’un livre encore en train de se faire, au moment précis où un projet d’illustrations comiques se transformait en premier grand succès de Dickens et imposait durablement son nom dans la littérature anglaise.