Edition originale, un des 35 exemplaires numérotés sur vélin bleu, tirage de tête.
Dos et plats marginalement décolorés comme généralement, sinon agréable exemplaire.
Ouvrage illustré de 8 photolithographies en noir et blanc de collages réalisés par Max Ernst.
Rare exemplaire de ce recueil de contes surréalistes de Leonora Carrington, qui "rappellent par leur humour très "anglais" certaines aventures d'Alice au pays des merveilles, mélangés à un imaginaire plus macabre qui rappelle de temps en temps l'ironie cruelle de Maldoror"(Susan Rubin Suleiman).
Illustré de collages de Max Ernst, avec qui elle partage sa vie, ce recueil sera l'une de leurs dernières collaborations européennes avant que la montée du nazisme ne les contraigne à chercher refuge au Mexique.
Le conte éponyme met en scène Lucrecia, dont le destin se mêle à celui d'un cheval de bois à bascule qui s'anime, la possède (ou qu'elle possède), avant d'être détruit par le père. Cette association traverse toute l'œuvre de Carrington, qui s'identifiait profondément au cheval comme animal totémique. Contrairement aux belles princesses des contes traditionnels, l'héroïne de Carrington va se transformer en cheval. Ce retournement qui inverse la logique du conte merveilleux classique et en déjoue toutes les promesses de normalisation. Carrington rédige directement en français, sa langue d'adoption qui confère à sa prose une étrangeté supplémentaire.
Parmi les autres contes du recueil, "La Débutante" est resté célèbre : pour fuir une soirée mondaine organisée par sa mère, l'héroïne se fait remplacer par une hyène, à qui elle fait enfiler le visage de sa bonne. La malheureuse devant être mangée pour permettre le travestissement. Scène que Suleiman qualifie d'"inoubliable", et qui concentre à elle seule l'art de Carrington : mondanité, transgression, violence déguisée en humour, et une logique implacable dans l'absurde.
Avec Ernst à l'image, les contes viennent s'enrichir de son univers iconographique élaboré depuis les années 1920 : "Ainsi, le poulpe et les serpents du collage du frontispice, par exemple, renvoient directement à un collage de La Femme 100 têtes qui, de son côté, incite le regardant à revenir vers le huitième collage de La Dame ovale, notamment à cause de la moustache du faciès masculin qui figure dans les deux collages" (Doris G. Eibl). Mais parfois, collage, récit et même oeuvre peint de Carrington se fusionnent : on a remarqué les similitudes entre un collage d'Ernst pour La Dame ovale et une peinture contemporaine de Carrington, Femme et Oiseau (vers 1937). Dans le collage, une pie est adjointe à la crinière du cheval, écho direct au passage du récit où une pie nommée Mathilde entre par une fenêtre brisée pour se percher sur la tête d'un cheval à bascule nommé Tartar. Ernst, qui assimile les oiseaux comme symboles personnels, et Carrington, qui s'identifiait au cheval, construisent ainsi ensemble une image androgyne, "symbole des connexions créatrices entre les deux artistes" (M. E. Warlick, Max Ernst and Alchemy. A Magician in Search of Myth).
"Retenons que vouloir s’approcher de La Dame ovale, revient à s’aventurer dans l’orbite d’un vrai mythe, celui du couple Carrington-Ernst, ménage surréaliste par excellence, œuvre d’art vivante totale ou presque, où les limites entre art et vie semblent suspendus dans une bulle d’étrangeté radicale que seule la Deuxième Guerre mondiale saura faire éclater." (Doris G. Eibl, "Se répondre ou ne pas répondre : du dialogisme dans La Dame ovale de Leonora Carrington et Max Ernst").