Lettre autographe signée de François Vidocq, datée de sa main du 12 novembre 1837, sur un double feuillet, dont l'adresse autographe du correspondant figure sur la quatrième page "Monsieur Pujol ancien directeur des Postes de Vendôme à Gournay, Enbray [Gournay-en-Bray] (Seine-Inférieure)". Nombreux plis inhérents à l'envoi.
Bel en-tête imprimé déclinant les services rendus par son agence de détectives privés : "20 FRANCS PAR ANNEE, Et l'on est à l'abri de la ruse des plus adroits fripons" ! On y trouve l'adresse de son agence, récemment installée "présentement Rue Neuve St Eustache, N°39" (mention autographe). Vidocq avait gardé ses anciens bureaux "Rue du Pont-Louis-Philippe, N°20" (en-tête imprimé).
Le légendaire voleur et escroc, qui finit par occuper dès 1811 les fonctions de chef de la Sécurité parisienne et dont le nom tient encore aujourd'hui une place importante dans l'imaginaire populaire, avait fondé en 1833 un bureau de renseignements pour le commerce dont on peut lire la liste des services proposés dans une vingtaine de lignes imprimées en-tête. Vidocq rédige cette missive quelques jours seulement avant d'être arrêté, perquisitionné par la police officielle et traîné devant les tribunaux. Son entreprise de recouvrement est alors couronnée de succès et extrêmement lucrative grâce aux "20 francs par année" payés par des milliers de signataires commerçants, banquiers et industriels qui jouissent des services de sa police privée. A la même période, il publie son célèbre dictionnaire de l'argot des voyous, Les voleurs, physiologie de leurs moeurs et de leur langage également vendu depuis ses bureaux du Pont-Louis-Philippe et chez le libraire Tenon.
Ses agents sont présents partout en France et même à l'étranger. Il s'occupe ici de retrouver la trace d'un mauvais payeur pour un notable normand :
"Monsieur
J'ai l'honneur de vous informer, que, j'ai découvert l'adresse du sieur Beaurepaire votre débiteur et qu'il est dans une position de pouvoir vous payer, je pourrai si vous le désirez vous indiquer sa demeure, mais pour ce faire, vous ne trouverez pas mauvais que je vous réclame le payement de vingt francs qui me sont dûs dans cette affaire et dont vous voudrez bien avoir la bonté de me faire remettre [...]"
Il est alors au sommet de sa gloire, et la préfecture de Paris enrage de cette concurrence : "il fit en un mot de la contre police ce qui lui amena plusieurs démêlés avec la justice" (Histoire complète de F.- E. Vidocq, 1858). Neuf jours après l'envoi de la lettre, "Le 28 novembre 1837, à huit heures du matin, quatre commissaires, un officier et une vingtaine d'agents - "seulement" dira Vidocq avec ironie envahirent l'agence de la rue Neuve-Saint-Eustache et pillèrent trois mille cinq cents dossiers dont il ne fut dressé aucun inventaire, contrairement à ce qu'exigeait la loi. [...] Vidocq protesta aussitôt par une lettre à la presse, par une plainte au procureur du roi et par un exposé à l'adresse du procureur général. [...] Les commissaires accaparèrent des documents confidentiels qui compromettaient la police de Louis-Philippe, notamment des notes et des brouillons de rapports, relatifs "à des personnes qui occupent encore des emplois"(Eric Perrin, Vidocq). Malgré les nombreuses cabales contre lui et quelques mois d'emprisonnement, Vidocq sera définitivement acquitté en 1843.
Rare lettre d'enquête de ce personnage sulfureux qui inspira l'un des plus fascinants personnages de Balzac : Vautrin.